18:2
Il 1 S T 0 l II F.
fût pas une révolution, mais un changement. Car cet homme, qui aimait la guerreavec passion, avait en horreur le moindre tumulte populaire. Pour arriver à sonbut, il existait une roule constitutionnelle, indiquée par Sieves et par l’article 3 dela constitution, qui donnait aux Anciens le pouvoir de transférer les deux Conseilshors de la capitale. Grâce à cette mesure légale, le Directoire se trouvait isolé.Bonaparte jugea que le moment de s’entendre avec Sieyes était venu, en raison del’immense influence que ce directeur exerçait dans le Conseil des Anciens. Bo-naparte le connaissait depuis longtemps, et penchait à se rapprocher de lui :cependant les amis du général l’engageaient à voir Barras : il dîna donc avec cedirecteur le 30. Après le repas, Barras lui confia le besoin qu’il éprouvait de seretirer des affaires, et la nécessité d’adopter pour la France une autre forme degouvernement. Il ne voyait, disait-il, que le général Hédouville qui convînt pourêtre le président de la nouvelle république. La confidence manquait d’adresse.Le nom d’Hédouville cachait celui de Barras, à qui un regard de Bonaparte découvrit qu’il était deviné. Il quitta Barras, assez irrité de ce que ce directeuravait voulu le jouer, et fut trouver Sieyes , avec lequel il s’accorda bientôt.On convint que celui-ci disposerait le Conseil des Anciens à prendre la réso-lution qu’autorisait la constitution, et que Bonaparte se chargerait de faireappuyer au besoin, par les troupes, la décision de ce Conseil. L’exécutionde l’entreprise fut fixée du 15 au 20 brumaire, c’est-à-dire du 6 au 11 no-vembre 1799. Le lendemain matin, Bonaparte vit arriver Barras , qui, avertipar ses amis de la maladresse de ses paroles de la veille, et de la maturitédes événements, s'excusa en témoignant le désir de n’être pas oublié dans lesnouveaux projets, et finit par se mettre à la disposition du seul homme, disait-il,qui put sauver la France. Il était difficile d’abdiquer avec plus de franchise. Bo-naparte se montra moins confiant que Barras : il allégua les soins qu’exigeait sasanté, et le besoin de repos.
La garnison de Paris, dont une partie avait servi en Italie , et dont l’autre avaitmarché sous les ordres de Bonaparte au 13 vendémiaire, ainsi que les quarante-huit adjudants et les chefs de la garde nationale nommés par lui après cettejournée, en sa qualité de général en chef de l'armée de l’intérieur, avaient vouluêtre présentés au vainqueur de l’Égypte dès son arrivée à Paris ; trois régimentsde dragons, surtout, désiraient avec ardeur qu’il les passât en revue. Le généralles remettait de jour en jour, dans la crainte d’afficher la popularité militaire,et d’éveiller les soupçons du ministre de la guerre Dubois de Crancé, son ennemipersonnel et la créature du Manège; mais, le 15, dans une dernière conférenceentre Bonaparte et Sieyes , l’exécution de la révolution méditée ayant été défini-tivement fixée au 18 brumaire (9 novembre), les officiers de la garnison furentconvoqués à sept heures du matin, pour le 18, au domicile du général. Quantaux troupes, Murat, Lannes, Leclerc, beau-frère de Bonaparte , et Sébastiani.qui commandait le 3 e de dragons, se chargèrent de disposer leurs officiers h