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parut avec soixante-dix voiles, résolu de détruire d’un seul coup toute l’annéenavale qui restait à la France . Il profita de la nuit pour surprendre le port et lallotte ; mais cette fois encore, il fut obligé de s’éloigner avec une perte de deuxcents hommes. Peu de jours avant que Nelson n’eût tenté d’incendier Boulogne ,le diplomate français Otto remettait au ministère britannique une note, dictée àla fois par la plus honorable modération et par la plus saine politique : « Le« gouvernement français ne veut rien oublier de ce qui peut mener à la paix« générale , parce qu’elle est à la fois dans l’intérêt de l’humanité et dans celui« des alliés. C’est au roi d’Angleterre à calculer si elle est également dans l’intérêt« de sa politique, de son commerce, de sa nation ; et si cela est, une île éloi—« gnée (Malte) de plus ou de moins ne peut être une raison suffisante pour« prolonger le malheur du monde... La question se divise en trois points : la« Méditerranée, les Indes, l’Amérique. L’Égypte sera restituée à la Porte; la« république des Sept-Iles est reconnue; tous les ports de l’Adriatique et de»< la Méditerranée occupés par la France seront restitués au roi de Naples et« au pape ; Mahon sera rendu à l’Espagne ; Malte sera restituée à l’Ordre , et« si le roi d’Angleterre juge conforme à ses intérêts, comme puissance prépon-« dérante sur les mers, d’en raser les fortifications, cette clause sera admise.« Aux Indes, l’Angleterre gardera Ceylan... Les autres établissements seront« restitués aux alliés, y compris le cap de Bonne-Espérance. En Amérique ,« tout sera restitué aux anciens possesseurs; le roi d’Angleterre est déjà si« puissant dans cette partie du monde, qu’exiger davantage, c’est, maître absolu« de l’Inde, vouloir l’être encore de l’Amérique. Le Portugal sera conservé« dans toute son intégrité. Voilà les conditions que le gouvernement français « est prêt à signer... »
Cette paix si désirée, et qui semblait alors si loin de la pensée des deuxpays, ou plutôt de leurs gouvernements, eut tout à coup un précurseur dontl’apparence inattendue vint étonner également la France philosophe et l'Eu-rope catholique; je veux parler du Concordat avec la cour de Borne. Laconversion de Bonaparte parut brusque : toutefois elle était bien plus sincèrequ’on ne le soupçonnait alors. Aussi resta-t-on frappé de stupeur à cette nou-velle, comme à l’aspect d'un phénomène dont les souvenirs contemporains, etsurtout douze années de révolution, laissaient à peine entrevoir quelquetrace. Les deux tiers de la population active de la France manquaient totale-ment de point de départ pour cette espèce de traité, qu’ils devaient regardercomme une étrange innovation. Bonaparte préludait ainsi, par le rappel de lanoblesse ecclésiastique, à celui d’une autre exception sociale. L’autel prépa-rait le trône et réconciliait le premier magistrat de la république françaiseavec les princes des monarchies européennes, qu’il devait imiter bientôt. CeConcordat donnait aux étrangers un gage solennel du retour de la France àune partie de son ancienne discipline. C’était un manifeste contre la révolution,