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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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et, dans la disposition générale des esprits à cette époque, il eut, de la partde Bonaparte , le caractère d’une véritable abjuration. Cependant , commeil formait plutôt un acte de politique envers la nation française qu’un actede soumission à la cour de Rome, on maintint les libertés de l’Église galli-cane dans toute leur vigueur. Le premier consul ne désirait acquérir qu’un alliéde plus dans le chef qu’il rendait à l’Église de France, subitement ressuscitée.11 avait aussi calculé sans doute que le Concordat lui attacherait une grande par-tie des familles de l’ancienne monarchie, et lui assurerait sur une partie dela population une puissance nouvelle. L’œuvre du Concordat resta personnelleau premier consul, et ce ne fut ni le moindre essai, ni le moindre témoignagede sa puissance. Le Concordat terminait l’ère de la révolution, et imposait auxcabinets étrangers une sorte de respect pour la loi du vainqueur, que le sou-verain pontife venait de consacrer par son alliance. Le pape, voulant lui-mêmeimprimer un grand éclat, non pas à la négociation qui s’était suivie très-secrè-tement à Rome, mais au traité qui en résultait, envoya à Paris l’homme le plusconsidérable de son gouvernement, le cardinal Gonsalvi, son premier ministre,accompagné du cardinal Caprara et de l’évêque de Gênes .

Le premier consul sut encore mettre à profit un article du traité de Luné-ville relatif aux républiques batave, cisalpine, ligurienne et helvétique ; ilavait conçu le dessein de transformer la république française en métropole.Aussi se hâta-t-il de profiter de l’ascendant que venaient de. lui donner lespréliminaires de paix avec l’Angleterre, pour donner à ces républiques des in-stitutions conformes au vaste système d'unité qu’il avait conçu. La nouvelleconstitution hollandaise fut modifiée et acceptée sans difficulté, ainsi que cellede Gênes ; celle de la république cisalpine s’effectua avec plus d’éclat; quatrecent cinquante notables italiens vinrent à Lyon , où se rendit le premier consul.Dans une séance solennelle, Bonaparte fit part à l’assemblée des changementsque leur constitution allait subir, et termina en se réservant la grande pen-sée des affaires de la république, qui changea son nom de cisalpine en celuide république italienne. En Suisse , la révolution offrit d’abord plus de résis-tance, et la guerre, un moment, éclata entre les fédéralistes et les unitaires.Mais cinq députés de chaque parti furent mandés à Paris par le premier consul,et vinrent débattre, en sa présence, les intérêts de leur pays. Un acte de mé-diation qui en fut la suite, mit fin à ces divisions intestines, et jamais pays nefut plus heureux que la Suisse, sous la médiation de Bonaparte .

Enfin, le grand événement politique que la république n’avait jamais puproduire malgré ses victoires, et qui légitimait à lui seul la fortune de Bona-parte , eut lieu le 25 mars 1802. Paris entendit proclamer le traité de paixd’Amiens, entre la république française, l’Espagne , la république batave etl’Angleterre. Ce traité, qui décidait, à l’honneur immortel du premier consul,la grande question de la liberté des mers, que le Nord avait perdue depuis la