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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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un refus positif. A défaut de pilote pour nous guider, l’amiral résolut de seservir du capitaine du port du Cap, qu’il avait retenu ; mais ni prières, ni ar-gent, ni menaces, ne purent l'y décider. C’était un mulâtre nommé Sangos. Onlui offrit 50,000 fr. ; on lui mit la corde au cou : il resta inébranlable. Une tellerésistance prouva l’empire de Toussaint sur son armée. Bientôt après, une dé-putation accourut supplier le général Leclerc de ne point tenter le débarque-ment au Cap, si l’on désirait ne pas donner le signal du massacre des blancs etde l’incendie de la ville. En conséquence, le général Leclerc se décida à opérersa descente plus à l’ouest; il commanda d’embarquer six mille hommes, malgréla violence de la mer. A l’entrée de la nuit, les troupes montèrent les canots,et le lendemain matin, au jour, le général en chef prit terre à leur tôle auprèsde Limbé; il força tous les postes, et arriva le soir au bourg du llaut-du-Cap,qu’il trouva incendié. Peu d’instants après le départ du général Leclerc, laHotte avait vu une épaisse fumée sillonnée d’étincelles s’élever au-dessus desrochers qui couvrent les rivages de l’ouest. Elle entendit d’affreuses détona-tions; et le ciel enfin, chargé de flammes, ne laissa plus douter que Christophen’eût exécuté son fatal arrêt contre la malheureuse ville du Cap. La nouvellede la prise du fort Dauphin par le général Rochambeau, et sa marche sur leCap, avaient poussé Christophe à effectuer ses menaces;, ou plutôt, sur untroisième ordre de Toussaint, son lieutenant avait dû obéir sous peine de mort.De huit cents maisons, à peine soixante échappèrent à l’incendie. Tous les ma-gasins ayant été brûlés, on se vit obligé de tirer des vaisseaux les provisions dela marine pour nourrir l’armée. Ainsi fut inaugurée cette fatale expédition.

Le gouvernement français eut beau proclamer à Saint-Domingue le principede la liberté, le formidable armement de l’expédition annonçait par lui-mômeplutôt une conquête qu’une simple occupation II semblait que les noirs eussentdécouvert les instructions données au capitaine-général pour le rétablissementde l’esclavage ; mais cette opération devenait difficile à exécuter, non-seulementà cause de la résistance qu’elle produirait nécessairement parmi les noirs, maisaussi en raison des opinions de l’armée expéditionnaire elle-même. En effet,jamais armée plus républicaine ne combattit pour une cause plus antipathiqueà ses idées.

Le général Kerverseau prit sans peine possession de la partie espagnole etde la ville de Santo-Domingo ; Paul Louverture, frère de Toussaint, qui ycommandait, offrit sa soumission après un simulacre de défense. Le fort Dau-phin opposa une vigoureuse résistance : il fallut un assaut pour que la for-teresse se rendît au général Rochambeau. On y trouva cent cinquante piècesde canon. Le général Humbert attaqua le Port-de-Paix ; le général noir Mau-repas, ne pouvant s’y maintenir, y mit le feu. Des bâtiments portant la divisionBoudct, parurent en vue du Port-au-Prince . Le commandant était un blancnommé Agé. Il reçut bien l'officier qui lui apportait une lettre du général