DK NAPOLÉON. Ü87
de l'ennemi, lïuit de ses combinaisons et de la constance de l'année à braverles plus grandes fatigues, ieur annonça une bataille inévitable, et leur promit untriomphe certain.
Le 13 octobre au soir, l’armée se trouva auprès d’Ulm et partout en face del'ennemi. L'Empereur ordonne l'attaque générale pour le lendemain. D'uncôté, nos tirailleurs repoussent tous les avant-postes autrichiens; de l’autre, lemaréchal N'ey attaque les redoutables positions d'EIehingen que défendentquinze mille hommes et quarante pièces de canon; le pont est enlevé, malgréla vive résistance des Autrichiens, et traversé au pas de course par nos troupes.Bientôt Laudon, qui occupe Elchingen , voit ses soldats culbutés et poursuivisjusqu'au pied de ses retranchements; il perd trois mille prisonniers, des dra-peaux, plusieurs pièces d’artillerie. Deux régiments ont péri presque en entier ;deux bataillons, enfoncés par le 3 e régiment de hussards, mettent bas les armes.Ces nouveaux lauriers, qui viennent de ceindre le front du brave des braves,sont chèrement achetés, et le nom d’EIehingen rappellera au maréchal N'eyl'un de ses plus beaux faits d’armes. Sur la rive droite du Danube , le maréchalLannes emporte la tète de pont de la ville d’Ulm avec tant de vivacité, que lacavalerie autrichienne peut à peine rentrer dans la place; le môme jour, legénéral Marmont complète le blocus de la rive droite.
De l’abbaye d’EIehingen où est son quartier-général, Napoléon contemple àses pieds la ville d’Llm dominée de toutes parts, à demi-portée de canon , parnos positions, et l’armée autrichienne enfermée dans les murs de cette place,et ne pouvant désormais la quitter qu’avec la permission du vainqueur. Sesdesseins sont accomplis ; il fait retirer ses troupes engagées trop avant, et attendl’événement avec une patience vigilante, sans vouloir céder aux cris de ses sol-dats qui demandent l’assaut. Il désire épargner du sang : il préfère user de sonascendant pour déterminer les Autrichiens à se rendre, à la cruelle résolutionde détruire à la fois une grande ville et une valeureuse armée trahie par la for-tune; il tente de persuader le général Mack et le prince de Lichtenstein, de lanécessité de capituler. L’ennemi hésite : on canonne la place pendant vingt-quatre heures; les fascines, les échelles, les troupes, tout est prêt pour l’as-saut : Mack essaie de dissimuler sa position par un ordre du jour menaçantpour ceux qui parleraient de se rendre; mais le lendemain il se présente auquartier-général français et accepte la capitulation,motivée sur la situation dés-espérée de son armée. Deux jours après, trente mille hommes conduits parseize généraux, soixante pièces de canon, quarante drapeaux et trois mille che-vaux, défilèrent devant l’armée française et Napoléon , entouré de son état-major et de sa garde. Il traita les vaincus avec une noble bienveillance, nonpas toutefois sans laisser tomber, en s’entretenant avec les généraux ennemis,quelques-unes de ces paroles menaçantes qui ressemblaient à des oracles dansla bouche d'un homme accoutumé à réaliser les promesses de son génie, et à