DE N A PO LÉO K. Ï07
une alliance avec une ancienne maison régnante en Europe . L’obéissance d’unereine répudiée n’avait pas encore été mise à une aussi grande épreuve.
Aussitôt un projet de sénatus-consultc fut adressé à l’arcliicliancelier, quiconvoqua le Sénat pour le lendemain 16. Si l’épreuve avait été cruelle pourEugène Kcauharnais en présence de sa mère, dans le cabinet de l’Empereur,elle ne le fut pas moins au Sénat ; car, après que le comte Ilegnauld eut déve-loppé les motifs dusénatus-consulle, le prince vice-roi eut lccouragc de prendrela parole, et dit: «... Lorsque ma mère fut couronnée devant toute la nation par« les mains de son auguste époux, elle contracta l’obligation de sacrifier toutes« ses affections aux intérêts de la France : elle a rempli avec courage, noblesse« et dignité, ce premier des devoirs ; son Ame a été souvent attendrie en voyant« en butlc à de pénibles combats le cœur d’un homme accoutumé à maîtriser«la fortune et à marcher d’un pas ferme à l’accomplissement de ses grands« desseins. Les larmes qu’a coûtées celte résolution à l’Empereur suffisent à la« gloire de ma mère... »
Il fallut soumettre à l’officialité de Paris la validité du mariage religieux del'impératrice Joséphine, pour en obtenir la rupture. Le 1/«.janvier, il fut déclarénul, en vertu delà disposition du concile de Trente : «Que tout mariage est nul.« du moment qu’il n’est point lait en présence du curé de l’une des deux.par-« lies contractantes, ou de son vicaire, assislé de deux témoins. » On ignorepar quelle raison le cardinal Fcsch, qui avait marié Napoléon et Joséphine ,avait négligé de se conformer à celte disposition, trop importante pour per-mettre de croire qu’il ne la connût pas. Quoi qu’il en soit, Napoléon , parcequ'il ne l’avait point observée, fut condamné par l’ofticialité à une amende desix francs envers les pauvres.
Le divorce de Napoléon mit en émoi toutes les cours de l’Europe . Après avoirpensé à prendre pour épouse une princesse de Saxe , son choix s’arrêta surune princesse russe. Alexandre parut flatté du désir de Napoléon ; mais il de-manda du temps à cause de l’extrême jeunesse de la grande-duchesse Anne,sa sœur, à laquelle Napoléon avait pensé. L’Empereur ne crut pas que la po-litique, qui seule réglait sa conduite dans cette importante question, lui per-mît d’attendre.
Le 3 mars, le prince de Neuchâtel , chargé de demander la main de l’ar-chiduchesse Marie-Louise, arriva à Vienne; François II agréa avec empres-sement la proposition qui lui fut faite de donner sa tille à l’empereur Napo-léon. Le 11, le prince de Neuchâtel épousa solennellement, au nom de sonsouverain, la tille de l’empereur François. Deux jours après, cette princessequitta Vienne , accompagnée de plus de trois cents personnes, parmi les-quelles on comptait plusieurs dignitaires de l’empire d’Autriche, douze damesdu palais, douze chambellans, etc. Une vaste baraque, divisée en trois salons,l'un regardant l’Autriche, l'autre la France , et celui du milieu déclaré neutre.