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HISTOIRE
incalculable dans des positions semblables à la sienne. C’est ainsi qu’il parcou-rut seul les rangs de la garde nationale, malgré les craintes qu’on avait cherchéà lui inspirer, et cette confiance excita un enthousiasme universel : en mômetemps il cimentait habilement l’alliance des citoyens avec la garde impériale,par un banquet de quinze cents couverts que ces vieux soldats donnèrent auChamp-de-Mars à la garde nationale. En même temps sept armées se for-maient sous les noms d’armée du Nord, de la Moselle, du Rhin, du Jura , desAlpes, des Pyrénées ; l’armée de réserve se réunissait à Paris et à Laori. Centcinquante batteries étaient dressées; on allait placer trois cents bouches à feusur les hauteurs de Paris ; les corps francs et les partisans s’organisaient; lalevée en masse de sept départements frontières du Nord et de l’Est se prépa-rait. Toutes les villes étaient fortifiées jusque dans le centre de la France ; tousles défilés gardés, tous les passages retranchés : les redoutes, les ouvrages decampagne s’élevaient partout où il y avait un obstacle à défendre, une issue àfermer, une route à protéger. La France était disposée comme une citadelle àsoutenir l’assaut de l’Europe .
De quatre-vingt mille hommes, l’armée se trouva portée à deux cent mille.Dix mille soldats d’élite entrèrent dans les rangs de la vieille garde ; les bravesmarins immortalisés à Lutzen et à Rautzen composèrent un corps de dix-huitmille hommes. La grosse cavalerie fut remontée par dix mille chevaux de lagendarmerie ; trente mille officiers, sous-officiers et soldats en réforme ou enretraite s’offrirent pour les garnisons des places fortes. Enfin, la garde nationalede France , réorganisée en trois cent trente bataillons, présentant une masse dedeux millions deux cent cinquante mille hommes ; et quinze cents compagniesde chasseurs et de grenadiers de cette garde, formant cent quatre-vingt millehommes, furent mis à la disposition du ministre de la guerre. Les ouvriers deParis fabriquèrent quinze cents fusils, et ensuite trois mille par jour : on eutbientôt pris toutes les mesures nécessaires pour assurer l’habillement des trou-pes. Au 1 er juin , quarante-six mille chevaux étaient en ligne ou dans les dé-pôts; l’artillerie en comptait en outre dix-huit mille; la trésorerie payaitcomptant toutes ces fournitures; la solde des troupes était alignée sans que lepaiement des rentes et des pensions ni aucun service public éprouvassent deretard : le génie et l’infatigable activité de Napoléon enfantaient toutes ces res-sources comme par enchantement; à la vérité, l’élan national le secondaitpartout.
Si Napoléon n’avait voulu être que le dictateur de la France en péril, la li-berté serait sortie triomphante de toutes ses ruines ; je n'en veux pour preuveque ce qui se passait dans l’Est de la France , dans les provinces de montagnes,dont la nature sauvage est en rapport avec les sentiments austères du patrio-tisme : leurs habitants firent éclater de nouveau l’enthousiasme et les effortsqui les avaient illustrés pour la cause de la liberté. Il y eut dans les Thermo-