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C’était une barbarie de la part des ministres anglais d’avoir relégué Napoléon sous le fatal climat de Sainte-Hélène : ce fut un crime d’assigner à l’illustrecaptif, sir Hudson Lowe pour gardien. L’amiral Cockburn, auquel on donnaitun si indigne successeur, avait paru rigide, tracassier, jaloux de son autorité,violent même; mais il possédait un cœur d’homme, et son caractère ne man-quait pas de générosité. Sir Hudson Lowe , accoutumé à martyriser les soldatsfrançais sur ces fameux pontons, la honte éternelle de nos voisins, avait unsingulier titre d’honneur comme officier : avec deux mille hommes et une bonneartillerie, il s’élait laissé forcer, dans l’île inexpugnable de Caprée , par'le géné-ral Lamarque, à la tête de douze cents baïonnettes françaises . 11 avait rapportédes souvenirs de Tibère de cette île, qu’il n’avait pu défendre, et dans celle deSainte-Hélène il s’annonça comme le Séjan de Bathurst'et de Castlereagh . Il dé-buta par un mot affreux. Les officiers de Napoléon lui disaient qu’à Longwoodil n’y avait point d’arbres pour se mettre à l’ombre. Nous en planterons, répon-dit-il. Tel était le ministre subalterne dont les commissaires des rois de l’Eu-rope vinrent sanctionner par leur présence la basse tyrannie, le 17 juin, enapportant à Sainte-Hélène le bill relatif à la détention de Napoléon : car le mi-nistère britannique avait osé faire convertir en loi l’acte le plus indigne deporter ce nom sacré.
Bien ne fut oublié par le nouveau gouverneur pour torturer sa victime. Lecheval était absolument nécessaire à Napoléon : la surveillance indécente et pro-chaine qui l’arrêtait à chaque pas le força de se priver d’un exercice indispen-sable avec sa constitution et ses habitudes; bientôt même l’espace qu’il parcou-rait à pied fut tellement circonscrit par les sentinelles multipliées sur sonpassage, qu'il se vit obligé de renoncer à ses promenades. La transition subited’une vie laborieuse et agitée à une inaction complète, suffisait pour porter uneatteinte funeste à la constitution du prisonnier. La mauvaise qualité des ali-ments, la nature de l'eau, qui n’était supportable qu’après avoir subi l’épreuvedu feu; des privations de toute espèce, le strict nécessaire à peine assuré etprès de manquer quelquefois, la petitesse et l’incommodité d’une maison mal-saine, devaient accroître incessamment le danger. Mais un tempérament robusteet éprouvé, l’énergie d’un grand caractère, pouvaient triompher de tout, mêmede l'influence meurtrière du climat : Hudson Lowe eut recours à tous lesmoyens propres à miner et à décomposer les forces morales du captif. La mai-son de Longwood fut par le fait mise au secret : on interdit à Napoléon et auxsiens toute correspondance avec les habitants de l’île, on entrava les communi-cations avec les officiers et les soldats de la garnison, et particulièrement avecceux du brave C3 e , qui lui rendaient cetle espèce de culte qu’un grand capitaineobtiendra toujours dans le cœur même des guerriers ses ennemis. Ils admiraientet plaignaient Napoléon , sans négliger toutefois aucun de leurs devoirs. Indé-pendamment de ces vexations journalières, les agents de sir Hudsqn pénétraient