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LA TURQUIE
Djem fut conduit en France où l’ordre possédait des commande-ries. Pendant sept ans, il fut traîné de château en château et ren-fermé enfin dans la tour de Bourganeuf, petite ville de la Marche.
Livré ensuite au pape Innocent VIII , le fier musulman, quand ilfut présenté au pontife, refusa de fléchir les genoux ; il l’embrassasur l’épaule, comme d’égal à égal, lui demanda sa protection etlui dépeignit ses souffrances d’une manière si touchante qu’inno-cent en fut ému jusqu’aux larmes. En vain il le conjura de sefaire chrétien, Djem répondit que la possession du monde ne luiferait pas renier la foi de ses pères.
Ce pape mourut bientôt et son successeur fut l’infâmeAlexandre VI (Borgia). Ce misérable, qui déshonora la tiare, voulutfaire argent de son prisonnier, et lui, le Vicaire de Jésus-Christ, lesuccesseur de saint Pierre, il s’adressa au sultan des Turcs , lui de-mandant trois cent mille ducats pour le débarrasser de son frère.
Mais, en ce moment même, marchait sur Rome le roi de France Charles VIII, en train d’accomplir sa rapide conquête de l’Italie .Ce monarque ambitieux, que ses succès enivraient, se croyaitdestiné à ceindre la couronne impériale dans Constantinople recon-quise. Djem en son pouvoir eût été un utile instrument, il le de-mande au Borgia; celui-ci fait semblant d’obéir; mais, aupara-vant, il a soin de faire prendre au prince un de ces poisons terriblesdont sa famille possédait le secret et qui termina sa vie infor-tunée.
Cependant Bajazet, alfermi par la défaite de son frère, ne son-geait nullement à marcher sur les traces de ses glorieux pi’édéces-seurs : non que les guerres aient été interrompues sous son règne ;mais elles furent languissantes et quelquefois malheureuses. A lademande du dernier roi more de Grenade, Bou-Abdallah, que les