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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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PITTORESQUE.

accès de scialiquc qui le faisaient cruellement souffrir; après uneattaque des plus vives où sa vie s’était trouvée en danger, il célébrason rétablissement par une orgie nocturne et s’y livra sans ména-gement à sa passion pour le vin. Les suites de cette débauche netardèrent pas à se faire sentir, et bientôt il fut au plus mal. Tyranjusque sur son lit de mort, il menaçait ses médecins de les fairepérir, s’ils ne le guérissaient pas promptement; il donna ensuitel’ordre d’étrangler son frère Ibrahim. La sultane Validé s’opposa àcette exécution, mais pour ne pas réveiller le terrible courroux dusultan moribond, elle lui fit dire qu’il était obéi et que son frèren’existait plus. Le soupçonneux monarque voulut alors qu’on luimontrât le cadavre du prince et comme les médecins s’opposaientà ce désir, sous prétexte que ce spectacle redoublerait son mal, ils’élança hors de son lit et ce suprême effort ayant épuisé ses forces,il expira dans les bras de l’un des assistants (9 février 1640).

Amurat avait en grande aversion l’opium et le tabac; il portacontre ceux qui s’en permettaient l’usage les édits les plus rigou-reux, et plus d’une fois ce féroce sultan fît tomber la tête du fumeuravec la pipe. Il avait également défendu de boire du vin sous peinede mort. Peu de jours après la publication de cette dernière ordon-nance, comme il se promenait déguisé la nuit, dans les rues deConstantinople , suivant son habitude, il rencontra un homme qui,du ton le plus haut, lui intima l’ordre de se ranger, pour lui laisserpassage : « Je suis le padicliali, répondit le sultan, étonné de cettearrogance. — Et moi, répliqua l’autre, je suis Bikri-Moustapha, etje t’achèterai ïstamboul, si lu veux me la vendre.

— Où trouverais-tu assez d’or pour me payer?

— Tais-toi, reprit l’ivrogne , prêt à se fâcher, ou bien je t’a-chèterai aussi, tils d’esclave ! »