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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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LA TURQUIE

Le sultan qui se promettait bien de dégriser son interlocuteurd’une terrible façon le lendemain, accepta le marché et l’emmenaà son palais. Une fois le jour levé, il fit paraître devant luiBikri-Mouslapha et le somma de tenir sa promesse; mais celui-ci,sans se déconcerter, tira de dessous sa robe une bouteille, et s’é-cria, en la présentant au monarque : « Voici, ô padichah, ce quim’égale à toi, ce qui fait du plus humble fakir un nouvelAlexandre ! » Étonné de cette joyeuse confiance, lui devant quitout tremblait, le sultan se laissa persuader et vida la bouteille,puis il recommença et prit, dès ce moment, un goût si vif pourle vin, que par la suite, il s’enivrait presque tous les jours. Bikri-Moustapha devint conseiller privé du sultan , son ami intime , etle compagnon obligé de ses débauches et de ses orgies.

Des écrivains ont attribué les nombreux actes de cruauté quidéshonorent son règne glorieux sous les autres rapports, à sonétat habituel d’ivresse. Mais cette excuse n’a guère de poids, lors-qu’il s’agit d’un homme dont l’histoire a retenu ce mot terrible :« La vengeance peut blanchir, mais elle ne vieillit pas! »

Amurat IV, n’ayant point laissé d’enfants, le trône revenait dedroit à son frère Ibrahim, dernier rejeton de la race d’Osman.

Lorsque ce prince entendit, du fond du sérail, le bruit des pasdes grands dignitaires qui venaient lui rendre hommage, il crutloucher à sa dernière heure et refusa d’ouvrir la porte. On futobligé de la briser pour arriver jusqu’à lui. Puis, comme il crai-gnait que ce ne fût une ruse de son frère pour éprouver ses senti-ments, il demeura longtemps à repousser les honneurs dont onl’entourait, assurant qu’il préférait à la société des hommes lasociété des petits oiseaux qu’il avait élevés. Ce fut seulement lors-que sa mère lui eut donné la preuve de la mort d’Àmurat , en