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LA TURQUIE
Baïrakdar avait pénétré jusqu’à la seconde porte du sérail, lorsqueSultan Moustapha, averti par la sultane Validé de ce qui se pas-sait, parvint à rentrer incognito dans son palais. Aux paroles me-naçantes du pacha de Roustchouk qui demande Sultan Selim , ilfait répondre par le kyzlar-agaci qu’il ne tarderait pas à pa-raître.
C’était l’heure du salet-asr (prière de l’après-midi) ; Sultan Se-lim, agenouillé et tourné vers la Mecque , commençait à réciter le na-maz, lorsque le kyzlar-agaci et plusieurs eunuques noirs entrèrent.Croyant que c’était un message de son cousin, il ne s’alarme point etcontinue sa prière, mais au moment oh il se prosternait de nouveau,le kyzlar-agaci se jette sur lui et lui passe un cordon autour ducou. Doué d’une grande force physique, ce prince se relève, lutteavec ses bourreaux et appelle à son secours ses fidèles domesti-ques. Ceux-ci, qui s’étaient éloignés par respect, lorsqu’ils avaientaperçu les envoyés de Moustapha, accourent et cherchent à arra-cher le fer des mains des eunuques. Mais le kyzlar-agaci, qu’un coupviolent avait fait tomber entre les jambes de Selim, le saisit parune partie extrêmement sensible qu’il serre avec rage, Selim perdconnaissance et le crime est consommé (28 juin 1808 ). Son corpsest aussitôt porté à Sultan Moustapha, qui, après l’avoir contempléquelques instants, rentre dans son harem en disant : «RemettezSultan Selim au pacha de Roustchouk , puisqu'il le demande ! »
A cet ordre la porte s’ouvre, Moustapha-Baïrakdar s’approchepour saluer son maître. On lui jette son cadavre défiguré. Lepacha de Roustchouk qui l’aimait sincèrement s’abandonnealors au plus violent désespoir. Cependant, le kapoudan-pachaSeïd-Ali, craignant que cette inaction n’ait des suites funestes,reiève Baïrakdar s «Pacha, lui dit-il, c’est assez pleurer comme