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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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LA TURQUIE

c’est la nuit, avec une certaine combinaison de signaux pour in-diquer le quartier ; une vigie est en permanence sur chacun de cespoints, guettant dans l’immense panorama qui se déroule à sesyeux, si quelque fumée noire ou quelque langue de flamme nejaillit pas d’entre les toits. En même temps le canon tonne et lesrues retentissent de ce cri lugubre : « Stamboul yanghin var(11 y a le feu à Stamboul)! » Les saccas (porteurs d’eau), quisont en même temps les pompiers, accourent, leurs pompes surl’épaule, et déploient ordinairement beaucoup d’adresse et decourage.

Le sultan est averti par trois fois , et quand l’incendie a duréune heure, il est obligé de se rendre en personne sur le lieu dudésastre.

Le musulman, dont la maison vient d’être brûlée et qui, en unmoment, est passé de l’aisance à la pauvreté, ne montre aucuneémotion, il s’écrie : Allah kerim (Dieu est miséricordieux)! et lelendemain vous le trouvez fumant imperturbablement sa pipe surles décombres encore chauds de sa demeure.

Les chrétiens n’ont pas la même philosophie, et dans lesquartiers qu’ils occupent, comme dans nos villes de l’occident,un incendie est toujours signalé par les clameurs confuses deshommes, les cris perçants et désespérés des femmes et des enfants,et ce pêle-mêle affreux des objets qu’on jette par les fenêtrespour les sauver des flammes et que l’on entasse à demi brisés dansles rues.

L’extrême combustibilité des matériaux, car toutes ces maisonsde bois s’allument comme de l’amadou à la moindre étincelle, apour effet de donner à la flamme une ardeur et une intensitéincroyables, parce qu’il ne se produit que peu ou point de fumée;