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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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LA TURQUIE

Contrairement aux autres mahométans, ils laissent volontiers lesghiaours assister en curieux à leurs exercices de piété.

Ceux de Péra habitent un couvent dont l’aspect n’a rien destristes monastères des chrétiens ; la salle où ils exécutent leursvalses religieuses, est parquetée et cirée, construite en rotonde,éclairée par de larges fenêtres et entourée par une balustrade cir-culaire à hauteur d’appui. L’orchestre est placé dans une tribune ;il se compose de six musiciens qui jouent de la flûte et du tar-bouka (espèce de tambour fait avec une peau d’onagre).Après avoir accompli diverses génuflexions et divers rites litur-giques, ils étendent les bras en croix, inclinent légèrement la têtesur l’épaule, ferment à demi les yeux et se mettent à tourner parun mouvement de rotation calme, régulier, lent d’abord et quiaugmente graduellement de vitesse.

Ils sont là vingt ou trente dans un espace très-resserré, etjamais ils ne se heurtent, jamais ils ne se rencontrent. Leur largejupe blanche se gonfle soulevée et ballonnée par l’air qui s’y en-gouffre,leur visage s’illumine d’une expression de volupté mystiqueet d’enivrante béatitude, leurs lèvres entr’ouvertes se mouillentd’une légère écume, leurs pieds semblent ne plus toucher la terre.

Ce spectacle donne le vertige et l’on se sent, malgré soi,entraîné à les imiter et à obéir à l’impulsion de ce rhythmemonotone, étrange, d’une douceur infinie.

Quand ils tombent, épuisés de fatigue et succombant à l’extase,des serviteurs viennent les recouvrir d’un ample manteau, puis,quand ils ont repris leurs esprits, ils se relèvent, défilent en ordredevant leur iman et se retirent.

On descend de Péra à Top-Hané, par une ruelle escarpée qu’onprendrait pour le lit d’un torrent à sec, et l’on débouche sur une