Buch 
La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
Entstehung
Seite
228
JPEG-Download
 

228

LA TURQUIE

fondent des bains perpétuels pour les malheureux, de même quechez nous les riches charitables fondent des lits dans les hospices;et chaque établissement a par semaine un jour d’entrée gratuite.

Aussi les bains ont-ils gardé toute la somptuosité des thermesantiques ; ce sont de grands édifices d’apparence architecturale àl’extérieur, et qui se divisent intérieurement en plusieurs salles etétuves chauffées à différents degrés. On pénètre d’abord dansune pièce assez vaste, autour de laquelle régnent des galeriessupportées par de sveltes colonnettes ; là se trouvent les cabinetsoù les baigneurs déposent leurs vêtements et viennent, après lebain, se reposer sur un lit, fumer, boire du café, prendre dessorbets, faire leur kief enfin, ce doux far-niente des Turcs auquelils s’abandonnent partout où ils se trouvent, perdus dans d’absor-bantes rêveries.

Les tellaks (garçons de bain) font passer successivement lesbaigneurs dans deux étuves sèches, et chauffées par des souterrainsconstruits en briques ; des fontaines y coulent sans cesse et l’eauqu’elles répandent se volatilise aussitôt et charge l’atmosphère d’unépais nuage blanc. La température de la seconde étuve est pousséejusqu’à trente-cinq ou quarante degrés. Aussitôt que la trans-piration s’est établie et que les membres se couvrent de sueur,commence l’opération du massage. Après avoir étendu leurs pra-tiques sur une table de marbre, ils leur pétrissent les muscles etla chair et font craquer toutes les jointures, puis avec un ganteleten poil de chameau ils leur étrillent le corps entier, jusqu’à ce quel’épiderme devienne rouge ; un déluge d’eau tiède est alors versésur les patients que l’on savonne ensuite avec de longs floconsd’étoupe. Rien ne délasse autant que ces bains. Les plus beauxde Constantinople sont ceux de Mahmoud et des Archers.

\