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les désirs amoureux, la faim & la soif, ! en-vie de dormir, la colere , l’orgueil & l’envie :les vrais Dévots, s’il y en a , font une guerreirréconciliable à ces paillons ; au lieu que lespartisans de la Nature ne croyent pas qu’onpuisse vivre fans elles. II y a d’autres passionsqui tiennent le milieu, & qui sont aussi na-turelles , comme, pat exemple , l'amour de laPatrie , de ses peres & meres , de ses enfans,de ses proches , de ses amis : le commun deshommes accorde quelque chose à ces passions-là p mais les gens pieux travaillent à les arra-cher de leur cœur , ou du moins à les spiri-tualiser. Un Fils chez eux aime son Pere ;mais ne croyez pas que c'est la paternité qu ilhonore & qu il aime , dans celui dont il areçu la vie. Quel présent mon Pere m’a-t’iífmt, vous dira ce Saint ; D’un corps miséra-ble , & qui est mon plus dangereux ennemi îEncore est-ce à Dieu que je le dois , il estl’Auteur de mon être : mais j’aime mon Perecomme un homme , en qui brille limage decette Intelligence suprême, qui est le Souve-rain bien , & hors de laquelle il n’y a riend’aimable , rien qui soit digne de nos désirs.C’est par cette même régie , que les gens àmortification jugent de tous les devoirs de lavie , ensorte que, s'ilsne méprisent pas gé-néralement