WIELAND.
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en opposition avec sa philosophie- Ce désaccordpeut lui nuire comme écrivain, mais rendsa sociététrès-piquante : il est animé, enthousiaste, etcomme tous les hommes de génie, jeune encoredans sa vieillesse; et cependant il veut être scep-tique, et s’impatiente quand on se sert de sabelle imagination , même pour le porter à lacroyance. Naturellement bienveillant, il est néan-moins susceptible d’humeur ; quelquefois parcequ’il n’est pas content de lui, quelquefois parcequ’il n’est pas content des autres : il n’est pascontent de lui, parce qu’il voudrait arriver à undegré de perfection dans la manière d’exprimerses pensées, à laquelle les choses et les mots nese prêtent pas ; il ne veut pas s’en tenir à cesà-peu-près qui conviennent mieux à l’art decauser que la perfection même : il est quelque-fois mécontent des autres , parce que sa doctrineun peu relâchée et ses sentiments exaltés ne sontpas faciles à concilier ensemble. II y a en lui unpoète allemand , et un philosophe français qui sefâchent alternativement l’un pour l’autre, maisses colères cependant sont très-douces à suppor-ter ; et sa conversation , remplie d’idées et deconnoissances, servirait de fonds à l’entretien debeaucoup d’hommes d’esprit en divers genres.