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HISTOIRE DE L’ARMÉE
époque, tous deux, entraînés par l’esprit de parti, passèrent à leur tour sous lesdrapeaux de l’Espagne , et, rivaux éternels, luttèrent l’un contre l’autre avecun égal succès; car le vainqueur du jour était le vaincu du lendemain. Ladéfaite d’Arras répondait à celle de Rhetel, et Cambrai à Saint-Guilain.
Mais avant de suivre dans leur carrière ces deux grands capitaines, nous croyonsqu’on ne lira pas sansintérêtle parallèle suivant, moins connu qu’il ne mérite del’être, et qui a été tracé par un écrivain philosophe et homme de guerre :
«Vous trouverez, dit Saint-Évremont, dans M. le Prince (Condé), la forcedu génie, la grandeur du courage, une lumière vive, nette, toujours présente.
»M. de Turenne a les avantages du sang-froid, une grande capacité, unelongue expérience, une valeur assurée.
» L’activité du premier se porte au delà des choses nécessaires pour ne rienoublier qui puisse être utile.
» L’autre, aussi agissant qu’il faut l’être, ne fait rien de superflu.
» M. le Prince, fier dans le commandement, également fier et estimé.
» M. de Turenne, plus indulgent, et moins obéi par l’autorité qu’il se donneque par la vénération qu’on a pour lui.
» M. le Prince, plus agréable à qui lui sait plaire, plus fâcheux à qui luidéplaît, plus sévère quand on manque, plus touché quand on a bien fait.
» M. de Turenne, plus concentré, excuse les fautes sous le nom de malheurs,et réduit souvent le plus grand mérite à la simple louange de bien faire sondevoir.
»M. le Prince s’anime avec ardeur aux grandes choses, jouit de sa gloiresans vanité, reçoit la flatterie avec dégoût.
»M. de Turenne va naturellement aux grandes et aux petites choses, suivantle rapport qu’elles ont à ses desseins.
» Quelques troupes que vous donniez à M. le Prince, il a toujours la mêmeassurance dans le combat; vous diriez qu’il sait inspirer ses propres qualitésà toute l’armée ; sa valeur, son intelligence, son action, semblent lui répondrede celles des autres.
» Avec beaucoup de troupes, dont M. de Turenne se défie, il cherche sessûretés ; avec peu de bonnes qui ont gagné sa confiance, il entreprend aussice qui paraît impossible.
» Pour M. le Prince victorieux, le plus grand éclat de la gloire; pour M. lePrince malheureux, jamais de honte, peut-être un préjudice aux affaires, ja-mais à sa réputation.
» La réputation de M. de Turenne est plus attachée au bien des affaires; sesactions n’ont rien de particulier qui les distingue pour être égales et conti-nues. Tout ce que dit, tout ce qu’écrit, tout ce que fait M. de Turenne aquelque chose de trop secret pour ceux qui ne sont pas assez pénétrants. Lanature lui a donné le grand sens, la capacité, le fond du mérite, et lui a déniéle feu du génie, cette ouverture, cette liberté d’esprit qui en fait l’éclat et