ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
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l’agrément ; il faudra le perdre pour bien connaître ce qu’il vaut, et il lui coûterala vie pour se faire une juste et pleine réputation (1).
» La vertu de M. le Prince n’a pas moins de lumière que de force, maiselle a moins de suite et de liaison que celle de M. de Turenne. L’un est pluspropre à finir glorieusement des actions, l’autre à terminer utilement uneguerre. »
Ce parallèle, ainsi que le fait judicieusement observer un écrivain militaire,M. Carrion Nisas, présente ce caractère singulier que, soit que le titre deprince du sang inspirât à la philosophie de Saint-Évremont et ne lui permîtpas d’imaginer que Condé pût être placé ailleurs qu’au premier rang, soit,ce qui est plus vraisemblable encore, que d’anciennes liaisons et un long atta-chement (2) aient rendu l’écrivain partial, toujours est-il manifeste qu’au fondde sa pensée il a cru faire pencher la balance de l’admiration du côté deCondé ; et cependant tel est à son insu l’effet de sa propre conviction, tel estle pouvoir de la vérité, qu’il discerne et montre avec une vive lumière quel’avantage du parallèle, dans le jugement du lecteur, nous semble demeurerdécidément à Turenne.
« Condé, ajoute cet écrivain, avait beaucoup de génie sans doute, mais il n’enavait pas plus que Turenne, et celui-ci, outre le génie, avait une patience et unepuissance de méditation que le caractère et la vie politique et militaire de Condéne lui avaient jamais permis d’acquérir. Condé, né prince, et, ce qui était alorsun titre plus puissant à la faveur, devenu par son mariage neveu du cardinal deRichelieu, avait été placé, au sortir de l’enfance, à la tête des armées; il avaitagi et glorieusement agi presque avant d’avoir eu le temps de penser; ensuite,et dans l’âge où les réflexions portent tout leur fruit parce qu’elles sont jointesà l’action, il se trouva dans les armées espagnoles alors en décadence.
» Turenne avait passé son enfance sous les princes de Nassau , ses oncles, dansles pénibles exercices d’une guerre savante ; il avait obéi avant de commander ;enfin, il avait, bien plus que Condé et plus que personne, un respect profondpour l’humanité, un tendre ménagement pour le soldat, et surtout une bonneopinion du soldat français , toutes conditions essentielles pour réformer etconstituer avec succès une armée française, dessein qui ne parut pas être venuâ Condé ; celui-ci se contentait de trouver avec habileté des instruments qu’ilavait sous la main. Turenne s’appliqua à les perfectionner. Condé finit sa car-rière militaire par l’échauffourée de Senef; Turenne mourut enseveli dans sontriomphe au milieu des savantes manœuvres sur la Renchen . »
Enfin, si les militaires doivent admirer les inspirations, ou plutôt, pournous servir de la belle expression de Bossuet , les illuminations de Condé, ilsdoivent méditer profondément les savantes combinaisons de Turenne... et, sousce rapport, il mérite le premier rang.
(2) Il y a là de la vérité jusqu’à la prophétie ; car il est constant que le parallèle fut tracé duvivant de Turenne.
(t) Saint-Evremont avait servi sous le prince de Condé.
II.
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