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HISTOIRE UE L'ARMEE
bastions, quelques ouvrages à corne, un fossé largo et profond, un beau châ-teau qui lui sert do citadelle, la rendent moins redoutable que sa position surun roc si vif et si dur, qu’il es' presque impossible de le percer. Philippe IV enavait confié la défense à dom Georgio Brilt, Portugais , l’un des hommes del’Europe qui avait le plus de valeur, d’expérience, de réputation, de générositéet de politesse. La garnison était composée de quatre mille hommes d’élite, laplace munie d’une artillerie nombreuse, et d’une si grande quantité de vivreset de munitions de guerre, qu’il eût été difficile de les épuiser en six mois detram liée ouverte.
L’armée française ne montait qu’à seize mille hommes mal payés, et presquetous mauvais soldats. Le maréchal de Grammont la commandait sous les ordresdu prince; le comte de Marsin et le duc de Chàtillon remplissaient les fonc-tions de lieutenants-généraux; le marquis de la Moussaie, M. d’Arnauld, lecomte de Broglie, le chevalier de la Valière, le marquis de la Trousse et lecomte de Tavannes, celles de maréchaux de camp.
Condé s’établit dans les lignes du comte d’Harcourt, qui, quelques mois au-paravant, avait inutilement bloqué Lérida. La paresse des Espagnols les avaitlaissées subsister. Le prince les assura par de nouveaux forts, et forma toutes sesdispositions. Dès les premières attaques, le chevalier de la Valière fut tué. Samort resta sans vengeance, parce qu’on attendait de jour en jour la grosse artil-lerie. Ce retard forçait l’armée à rester inactive. 11 frémissait contre le ministreennemi de sa gloire. Pour surcroît de disgrâce, la Sègre, grossie par la fonte desneiges des Pyrénées , déborda avec tant de violence, qu’elle entraîna avec seseaux rapides tous les ponts de communication. A l’instant, Britt, qui suivaittoutes les démarches, toutes les situations de l’ennemi, épiant toutes les occa-sions favorables, sortit de la place avec la plus grande partie de sa garnison.Profitant de l’absence du prince et du maréchal occupés à prendre quelqueschâteaux, il fondit sur le quartier de Marsin, abandonné à ses propres forces,et qui avait envoyé la cavalerie fourrager à plusieurs lieues du camp. Marsins’arme de tout son courage. 11 se présente d’un air intrépide à la garnison deLérida, et soutient pendant près de deux heures tous les efforts des Espagnols .Animés par l’exemple de leur chef, les Français font des prodiges. Ils repoussentle gouverneur, attaquent, renversent quatre cents chevaux embusqués dans lesmasuresd’un faubourg. L’ennemi, déconcerté, cherche sonsalutdans la fuite. Lesvaincus se jettent dans la rivière et regagnent à la nage les remparts de leur ville.
Cependant Condé revient au camp, rétablit les ponts, et dispose deuxattaques. L’une, qu’il conduit lui-même, embrasse une vieille église chan-gée en forteresse et située à deux cents pas de la ville. L’autre, dirigée parGrammont, est dressée vers une chapelle non moins fortifiée que le temple.Le 28 mai, le régiment de Champagne, précédé des vingt-quatre violonsdu prince (l), ouvre la tranchée en plein jour avec toutes les démonstra-tions de la joie et de l’espérance. Tout répond d’abord aux vœux des assié-
(1) Dans toute l’Europe on a traité cette action fie fanfaronnade. « On ne savait pas, dit Vol-taire, que c’était l’usage en Espagne . »