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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

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géants. Les progrès sont rapides. L'officier, le soldat même, animés par lesuccès, se livrent avec ardeur aux travaux pénibles de la guerre que leur géné-ral partage avec eux; mais bientôt tout change : le découragement succède toutà coup à cette allégresse martiale. En vain le prince prie et menace; en vain ilpunit et récompense; le guerrier, immobile, se refuse à d’inutiles fatigues.Brilt, qui avait vu tranquillement les premières approches des Français , s’aper-çoit qu’il est temps d’agir. Il redouble le feu de son artillerie et de sa mousque-terie. Il prépare chaque jour des sorties terribles et meurtrières. Plusieurs foisil nettoie la tranchée, détruit les travaux, renverse les batteries. Dans l’une deces actions, qui fut la plus sanglante du siège, il se précipita sur la tranchée deCondé, suivi de plus de la moitié de sa garnison. En moins de quelques minutesil massacra tous les mineurs, brûla les fascines, encloua le canon, blessa à latète et prit M. d’Arnaud. Déjà un régiment suisse , effrayé d’un si grand désastre,avait abandonné tous les postes, lorsqueCondé accourut lui quatrième. D’abordil força les Suisses à retourner à la tranchée ; il dégagea d’Arnaud, regagna, àdécouvert et sous le feu de la place, tous les postes abandonnés, et obligea legouverneur à chercher un asile dans Lérida .

Le prince, après ce coup de main, se hâta de rétablir les ouvrages. Cinqjours entiers furent employés à ce pénible travail ; on se portait aux attaquesavec une nouvelle ardeur. Britt, étonné de tant de constance, résolut de touthasarder pour arrêter les progrès qui pouvaient bientôt lui devenir funestes. Le11 de juin, dans l’instant même que Condé quittait la tranchée pour aller dînerchez le comte de Marsin au delà de la Sègre , la garnison presque entière sortitde Lérida , et tomba sur le régiment de Montpouillon, à la tête duquel le mar-quis de la Moussaie gardait les travaux. Le succès des assiégés fut rapide. Unepartie du régiment fut taillée en pièces. L’autre n’échappa que par uneprompte retraite. La Moussaie défendit presque seul la batterie, n’ayant d’autreespoir que de périr l’épée à la main. Au bruit effroyable qui se fait entendre,le prince, prêt à passer la rivière, s’arrête, prête l’oreille, distingue des cla-meurs, en devine la cause, donne des ordres, et court à bride abattue vers latranchée, dont les ennemis étaient maîtres. Le premier objet qui frappe sesregards, ce sont ces mêmes Suisses qui se distinguent par des faits d’armes hé-roïques. A la vue du prince, ils remplissent l’air de cris d’allégresse. Leur fureurguerrière se ranime, les Espagnols sont repoussés et les postes perdus. Cependantl’infatigable Britt, dangereusement blessé, se faisait traîner en chaise sur lesremparts et à la brèche, encourageant le soldat, plus encore par ses actions quepar ses paroles, augmentant sans cesse le feu de son artillerie, paraissant enfindéterminé à s’ensevelir sous les débris de sa place. 11 avait rassemblé une sigrande quantité de feux d’artifice et de grenades, qu’il vint à bout deux foisde brûler la galerie des assiégeants. Elle ne fut rétablie qu’avec beaucoup depeine. Une si opiniâtre résistance avait tellement découragé l’infanterie fran-çaise, qu’elle s’enfuyait aussitôt qu’elle entendait le funeste cri d 'alerte à lamu-raillc! qui partait do la place, et qui était toujours suivi d’un sanglant combat.

Malgré la défense héroïque du gouverneur. Lérida eût succombé si le princen. 6