ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 95
les ordres du prince de Condé, se dirigea sur la Franche-Comté . Le roi lui-môme partit de Saint-Germain le 2 février 1668, et vint rejoindre à Dijon le vainqueur de Rocroi . Vingt mille hommes, assemblés de vingt routesdifférentes, arrivèrent le même jour à Resançon. — Cette ville et Salins serendirent sans résistance. — Dôle, seule, défendue par le comte de Montrevel,fit mine de vouloir résister. Louis XIV en fit le siège en personne, et Dôle futenlevée en quatre jours. Il y en avait douze que le roi avait quitté Saint-Ger-main. — Ainsi la Flandre avait été prise en trois mois et la Franche-Comté entrois semaines
L’Europe, effrayée de ces rapides conquêtes, demanda la paix, et Louis XIV voulut bien accepter le traité d’Aix-la-Chapelle , qui lui donna une partie delàFlandre (1668).
Par ce traité, l’Espagne fit cession à la France des villes de ia Flandre espa-gnole, conquises pendant la campagne, savoir : Charleroi, Ath, Douai, Tour-nai, Oudenarde, Lille, Armentières, Courtray, Bergues , Fûmes, etc. LaFlandre espagnole, placée entre la Hollande et l’Espagne , élevait comme unebarrière aux envahissements des deux peuples. — Cette barrière venait dedisparaître, et la monarchie de Louis XIV devenait frontière immédiate de laHollande. L’Espagne n’y conservait que les comtés de Flandre et de Rrabant,c’est-à-dire une langue de terre qui ne pouvait arrêter une armée pendantplus de trois jours ; dès lors le roi de France n’avait qu’à lever la main pourfrapper avec le pommeau de son épée aux portes de La Haye ou d’Amsterdam .
Louis XIV à son tour abandonnait la Franche-Comté , mais avec l’arrière-pensée de s’en emparer bientôt, car cette province était le complément néces-saire du cadre géographique de la France du côté de l’Est.
Aussi le traité d’Aix-la-Chapelle ne fut-il considéré que comme une sus-pension d’armes, un point de répit que Louis XIV prenait avant de s’engagerdans une nouvelle lutte.
L’Europe ne s’y trompa point. L’Empire leva des troupes; l’Angleterreaugmenta sa marine; la Suisse trembla pour sa vieille liberté, et la Hollandeentrevit une invasion prochaine. Une ligue se forma, dans laquelle entraientl’Angleterre, la Hollande, la Suède et l’Empire; mais Léopold, le véritablemeneur de cette ligue, resta dans l’ombre, car, ainsi que nous l’avons dit, ilavait quelque temps auparavant signé avec Louis XIV un pacte secret relatifà la succession d’Epsagne.
En effet, Louis XIV ne cherchait qu’un prétexte pour faire la conquête delà,Hollande. Ce pays merveilleux, avec ses grands arsenaux sur le Zuiderzée, samarine formidable, ses richesses commerciales, devait tenter l’ambition deLouis XIV . Les prétextes ne manquèrent pas.
La Hollande servait de refuge aux ennemis du roi, aux calvinistes et auxpuritains, qui inondaient l’Europe de pamphlets, où les actions du grandsouverain étaient tournées en ridicule et livrées aux sarcasmes des peuples.De telles insultes de la part d’un peuple d’artisans blessaient profondémentla fierté de Louis XIV . Il pensait pouvoir détruire aisément et fouler aux pieds