1*6
HISTOIRE DE L’ARMEE
cette république d’artisans que les rois, ses prédécesseurs, avaient contribuéà fonder. Tels furent les griefs qu’il articula.
Toutefois, comme il ne se croyait pas encore assez fort pour braver l’Eu-rope entière, il eut recours aux armes de la diplomatie avant d’employer cellesde la guerre. — L’Angleterre fut détachée de la ligue, la Suède fut endormiepar des négociations, et l’Empire eut à réprimer les séditions des Hongrois ,formentées par les agents de la France. Quant à l'Espagne , affaiblie par tantde guerres, elle était impuissante à arrêter l’ambition de Louis XIV .
Le moment du reste était bien choisi pour cette guerre : la Hollande étaitdivisée en deux partis bien distincts : les républicains rigides, qui marchaientsous la bannière de JeandeWitt, et les républicains tièdes, qui reconnaissaientpourchefle prince d’Orange. Quoique rien ne fût encore ostensiblement ré-solu, les Hollandais sentirent instinctivement qu’ils étaient perdus.
Les États-généraux écrivirent au roi, lui demandant humblement s’il étaitvrai, comme ils avaient tout lieu de le croire, que les grands préparatifs qu’ilfaisaitétaientdirigéscontreeux. Louis XIV répondit qu’il ne devait décomptéà personne, et qu’il ferait de ses troupes l’usage qu’exigerait sa dignité.
Bientôt les Hollandais ne conservèrent plus aucun doute en voyant la flottede Charles II, forte de cent voiles, se joindre à celle de Louis XIV , forte detrente vaisseaux. Enfin, le roi, à la tête d’une armée de cent douze millehommes, et ayant pour lieutenants Condé, Turenne, Luxembourg , Créqui etVauban, se mit en route pour marcher sur le Rhin (I).
(1) Voici un état rie la composition de l’état-major de cette armée.
Noms des officiers généraux de l'armée du roi pour servir dans la campagne de 1672.
Monsieur, généralissime. — Turenne , général. — Lieutenants généraux : M. Gariagne,M. le duc de la Feuillade M. le comte de Soissons , M. le grand-maître, M. de Lorge,M. de Rochefort. — Maréchaux de camp : M. le chevalier de Lorraine, M. Martinet,M Fourille, mestre de camp de cavalerie. — Brigadiers de cavalerie : M. Lafeuillée, M. lecomte de Roye , M. Cliazeron. — Brigadier d’infanterie : M. de Beauvau. — Aides de camp :le comte d’Ayen , M. d’Albret, M. le chevalier de Nogent, M. le marquis d’Angeau, M. deBréanté.M. de laRoche-Courton.
Indépendamment des deux régiments d’infanterie et de cavalerie qui constituaient lavéritable armée, il y avait un grand nombre de volontaires nobles qui, d’après l’ancien sys-tème féodal, devaient le service militaire aussitôt que le roi les avait convoqués. Toute cettenoblesse avait répondu à l’appel de Louis XIV . Les gentilshommes, possesseurs de fiefs,avaient pour la plupart aliéné leurs domaines pour paraître avec luxe sous les yeux du sou-verain. Ces volontaires se groupaient par compagnies irrégulières et faisaient lu guerre departisans. Leroi les traitait avec déférence et les appelait ces messieurs. Du reste, braves etrésolus, on les trouvait prêts pour tous les coups de main audacieux, pour toutes les entre-prises périlleuses. Chez eux pas de discipline, jeux de brelan d’enfer, nuits d’orgies, repassomptueux, duels, etc. Louis XIV , en entrant en campagne, fut obligé de rendre plusieursordonnances pour mettre un terme à leurs excès.
Il y avait aussi dans cette armée bon nombre d’étrangers : des Catalans, des Savoyards, desSuisses, des Allemands , cavaliers, lansquenets, gens sans aveu, dit un historien (a), «quisuivaient les camps comme les oiseaux de proie flairent les corps morts le lendemain des ba-tailles, » et qu’avait attirés l’espoir d’un riche butin dans ce beau pays de Hollande.
(a) M. Capefigue.