120 HISTOIRE DE L’ARMÉE
tâcher de s’y maintenir; mais qu’étant arrivés trop tard, on ne leur en avaitpas donné le temps; qu'ils s’étaient retirés, et que, pour favoriser leur re-traite, ils s’étaient jetés dans cette église.
«Comme il avait de l’esprit, et qu’il servait parmi eux avec réputation de-puis près de vingt ans, il put rendre bon compte de plusieurs autres choses,et ce fut de lui que l’on apprit tout le dessein de Montecuculli , que M. deTurenne avait fait manquer depuis vingt-quatre heures.'ÎSous perdîmes peude soldats à cette attaque; mais le chevalier d’Ilocquincourt, qui comman-dait les dragons de la reine, y fut tué sur la place d’un coup qu’il reçut à latête, et le chevalier de Boisseleau, capitaine dans le même régiment, le futaussi d’un coup au travers du corps. La prise de ce poste donna le moyende s’étendre de l’autre côté de la rivière, où l’on trouva un terrain plus hautet quelques restes de fourrages. Ruvigny fut détaché pour aller reconnaîtrele long du pied de la montagne jusque vers Bihel. où il chargea quelquesgens détachés des e-nnemis, qui se retirèrent d’abord. Il ne rencontra pointautre chose, et rapporta qu’il restait encore des fourrages de ce côtè-là.
n Le comte de Montecuculli , voyant que nous avions passé la barrière qu’ilavait prétendu nous opposer par ses retranchements du Renchéri, et que, parun enchaînement de postes depuis notre camp jusqu’à Gamshiissen, nous en-fermions presque tout le sien ; que nous devenions maîtres des fourragesqu’il avait épargnés le long de la montagne, pendant qu’il ne pouvait plusavoir ni fourrages ni convois qu’avec les diflicultés que lui causaient la dis-position et le voisinage de notre armée, crut devoir quitter son poste avantqu’il ne fût plus serré. Ainsi la nuit du 25 au 26, il décampa de Scherlzen ;et prenant sa marche par Lichtenau , il alla camper à Bihel, deux lieues audeçà de lîaden, assez près du pied de la montagne, qui, en cet endroit, n’estéloignée du Rhin que d’une lieue et demie. Le comte de Lorges avertit M. deTurenne que les ennemis marchaient ; et lorsqu’il eut fait reconnaître leurmarche, il fit sortir ses troupes des différents postes où elles étaient, les ras-sembla toutes dans un même camp à Gamshïissen, et le lendemain à lapointe du jour, les fit marcher droit à la montagne jusqu’au village d’Ache-ren, où, prenant sa route à gauche, il commença à suivre le pied de lamontagne. Il fut à peine hors de ce village, qu’on lui rapporta que les en-nemis paraissaient derrière le petit village de Salzbach.
» Le comte de Montecuculli , ayant été obligé de décamper de Shertzen, nepouvait prendre d’autre parti que de chercher un nouveau poste pour secouvrir, et pour nous arrêter sans se commettre dans un combat. Il n’entrouva point de plus commode que celui du village de Salzbach, avantageuxpar sa situation dans l’entrée de la montagne, et par une église relranchéedepuis longtemps, et environnée d’un fossé qui fermait entièrement le défilé.Il avait fait occuper de bonne heure cette église par de l’infanterie; étayantenvoyé ordre à Caprara de l’y joindre par le chemin de la montagne, avecle corps qu’il avait à Offembourg, il mena son armée par Lichtenau et Bihel,la disposition du pays l’obligeant à prendre ce grand tour. Il marcha avec