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une extrême diligence, de sorte qu’il arrivait d’un côté du village dans letemps que nous approchions de l’autre. Comme il vit notre armée marcher auvillage, il jeta sou infanterie dans l’entrée de la montagne, à couvert deshaies et des bois, le long d’un ruisseau qui la séparait de nous par de pro-fondes ravines où il coulait. Un peu plus bas, à la droite des ennemis, étaitle village dont ils avaient occupé l’église, et leur cavalerie parut d’abord dansla plaine, qui était derrière le village, un peu sur la gauche ; mais elle se serraensuite vers le pied de la montagne.
» De notre côté, la situation était différente. Au sortir d’Achercn, aprèsquelques haies qui formaient comme un défilé avec le bois du pied de la mon-tagne, le terrain se découvrait en forme de petite plaine, dont la moitié s’éle-vait vers la montagne; l’autre partie était plus basse, plus unie, et serrée enparue par un bois qui s’y étendait en potence, lorsqu’on approchait de Salz-bach. Ce village fermait la plaine, et était comme enveloppé d’une petite hau-teur qui le cachait en arrivant, et l’environnait de manière qu’on n’y allait quepar un chemin creux qui perçait la hauteur. M. de Turenne eut d’abord quel-que espérance de s’en emparer, et crut trouver par là un chemin pour alleraux ennemis; mais ayant reconnu l’église, située justement à la tête du défilé,environnée d’un bon fossé, bien retranchée d’ailleurs, il ne jugea pas qu’on lapût attaquer. Il reconnut toute sa droite, et observa, autant qu'il était pos-sible, la disposition de l’armée des ennemis, le ruisseau et les ravines qui loséparaient de nous ; il jugea qu’il était impossible d’aller à eux par ce côté-là.H reconnut aussi la gauche, par où la hauteur qui couvre le village commenceà s’abaisser, en tombant le long du ruisseau; puis encore divers autres en-droits, pendant que les ennemis dressaient des batteries dans des lieux avan-tageux, pour incommoder celles que nous avions faites, et pour battre dansla plaine, où était notre armée.
» Quoiqu’on ne pût pas voir leurs troupes tout à découvert, on distinguaitnéanmoins beaucoup de mouvements, comme ceux d’une armée qui chercheà se poster en arrivant. M. de Turenne retourna encore sur sa gauche pours’éclairer plus sûrement; et s’étant ensuite reposé assez longtemps sous unarbre, on lui vint dire que l’on voyait faire quelques mouvements à l’infante-rie des ennemis vers la montagne. Il s’y rendit promptement; et Saint-Hilaireétant venu à sa rencontre pour lui rendre compte de quelques batteries qu’ilfaisait faire, comme il le quittait, un coup de canon des ennemis, tiré parhasard, coupa le bras à Saint-llilaire, et traversa M- de Turenne par le milieudu corps; il tomba mort dans le moment qu’il fut frappé. Je ne dirai pointquelle fut la douleur et la consternation de toute l’armée. Ce ne sont point dessentiments ordinaires que les paroles puissent exprimer; j’en juge par ceuxdont je fus pénétré, sans y avoir d’autre intérêt que celui d’être Français ; lesennemis surent sa mort un quart d’heure après; elle ne causa pas un moindrechangement dans leur armée qu’elle fit parmi nous. L’embarras de leurs gé-néraux et la terreur du soldat cessèrent; ils crurent qu’ils avaient beaucoupgagné, parce qu’ils étaient persuadés que nous avions tout perdu.
h. Ifi