434
HISTOIRE DE L’ARMÉE
derrière laquelle se trouvait le prince de Waldeck, homme courageux, maisirrésolu, lent à se décider, et dont l’apathique indolence pouvait présenterdes chances heureuses à un habile général, dans le moment où l’arméefrançaise, aussi forte en infanterie que la sienne, possédait une cavalerie nom-breuse. Luxembourg avait un caractère entièrement opposé à celui du princede Waldeck : génie ardent, imagination prompte, coup d’œil juste. Il avaitsuivi le grand Condé à la guerre, et il s’était formé à ses leçons ainsi qu’àcelles de Turenne, dont il était l’élève. Le point important était de passer laSambre sans être inquiété. Le prince de Waldeck ne devait pas manquerde s’opposer à la marche des Français , et même leur livrer bataille, car siM. de Luxembourg passait entre l’Ormeau et Charleroi , il pouvait fourrager laFlandre et ravager les belles moissons dont elle était couverte. Le prince deWaldeck entra parfaitement dans les vues de son ennemi. Au lieu de se por-ter sur Fleurus, il retira son camp à Trazégnies. Luxembourg jugea dès lorsqu’il ne serait pas inquiété en passant à l’Ormeau. Les ponts établis par lesFrançais au-dessous et au-dessus de Froidmont furent rompus le 30 juin; onles transporta à la chute de l’Ormeau, vis-à-vis de Jeinmappes. Le duc duMaine fut chargé d’exécuter ce travail et d’accélérer le passage des troupes.Le maréchal de Luxembourg fit passer son avant-garde. Sa cavalerie, com-mandée par M. de Gournay, dirigea sa marche sur Velaino, en prenant parles hauteurs entre la Sambre et le ruisseau qui vient de Saint-Martin sejeter dans l'Ormeau. En môme temps, M. de Cheladet, qui avait passé aupont de Jemmmapes, aperçut, en se dirigeant aussi sur Velaine, quatre oucinq petites troupes de cavalerie espagnole qui faisaient leur retraite enbon ordre vers Hépignies, où se portait le prince de Waldeck. M. de Che-ladet, voyant ce corps non soutenu, s’avance à la tête de la cavaleriefrançaise, le charge dans la plaine de Fleurus , et fait cent soixante prison-niers. M. de Luxembourg vit ce succès avec plaisir, mais défendit de pour-suivre cette cavalerie, car elle pouvait être secourue par l’armée entière duprince de Waldeck. Ce général ne tarda pas à paraître vers Hépignies. Il fitquelques dispositions pour camper à Montigni-sur-Sambre ; mais voyant ledésordre qui régnait dans l’avant-garde de sa cavalerie, il fit développer sonarmée tout entière entre Wagnée et Hépignies, et parut même disposé à ypasser la nuit. En même temps, les troupes françaises campèrent à Velainesur la Sambre, depuis un ravin qui va se perdre dans cette rivière jusqu’auchâteau de Melcourt. De part et d’autre, la nuit fut employée à se préparer aucombat. Le maréchal de Luxembourg , content des positions qu’il occupait, fitune reconnaissance, le 1" juillet, au point du jour, ordonna à ses bagages derepasser la Sambre, à son artillerie d’avancer. Pendant la nuit, les Impériauxcorrigèrent un peu leurs positions ; leur droite se porta sur les hauteurs entreHépignies etWangenies, leur gauche de Wagnée à Saint-Amand; Fleurus étaitdevant eux. Ils n’occupèrent point ce village, mais répandirent de l’infanteriedans tous ceux qui étaient à leur gauche et dans la Cense-aux-Moines. Leurartillerie était avantageusement placée sur les hauteurs; devant leur front