Band 
Tome second.
Seite
157
JPEG-Download
 

157

HT DE TOUS LES RÉGIMENTS.

Telle fut la bataille qui commença cette série de revers qui attrista la vieil-lesse de Louis XIV et mit la France à deux doigts de sa perte. Comme cellede Waterloo, elle eut différents noms; les Français l’appelèrent la batailled’IIochstedt; et les Allemands, la bataille de Bleinheim. Les vainqueurs y per-dirent 5,000 morts et 8,000 blessés. L’armée française y fut, sinon détruite,du moins dispersée; elle y perdit 12,000 morts, 14,000 prisonniers, tout soncanon, ses étendards, ses tentes, ses équipages, 1,200 officiers de marque, etcent lieues de terrain; enfin, de 00,000 hommes dont se composait l’armée,ce fut à peine si on en put réunir 50,000. Personne n’osait annoncer au roicette terrible nouvelle ; ce fut madame de Maintenon qui se chargea de dire àLouis le Grand qu’il n’était plus invincible.

La bataille de Hochstedt changea tout à fait la position militaire de laFrance.Jusqu’alors les opérations s’étaient passées au cœur de l’Allemagne ; mainte-nant, il fallait opérer la retraite sur le Rhin , et reculer de plus de cent lieuesle théâtre de la guerre. La Bavière était perdue et l’Alsace menacée. Les débrisde cette belle armée, formant une masse de trente mille hommes, se réuni-rent à celle de Marsin ; mais ni lui ni l’électeur n’avaient les talents néces-saires pour conduire et maintenir cette armée : ils se retirèrent en désordrevers le Rhin . Marlborough et le prince de Bade passèrent le lleuve à leur suite,et s’emparèrent de Landau et de Trêves ; ensuite Marlborough vint assiégerSarrelouis, afin d’envahir la Champagne . Villars accourut en toute hâte dufond des Cévennes pour arrêter ses progrès. A peine arrivé sur le Rhin , lemaréchal établit un camp sur la Moselle , prit le village de Cerik, et s’y établitle 13 mai 1705. Le duc de Marlborough, s’en étant approché à la tête de centmille hommes, fut obligé de se retirer et de revenir dans les Pays-Bas (I).

Le prince Eugène, après la bataille de Hochstedt, revint en Italie pour com-battre le maréchal de Vendôme , qui s’était emparé de presque tous les Etatsdu duc de Savoie , et qui les ravageait pour se venger de sa trahison. En effet,il s’était emparé du duché de la Mirandole. Le grand-prieur, son frère, avaitpris Rivero, le duc de Lafeuillade enlevé Suze, et ensuite Pignerol ; le duc deVendôme était maître de la ville d’Ivrée et avait investi Verceil . A la fin del’année 170-4, il avait chassé les Impériaux de la Lombardie , soumis la plusgrande partie du Piémont, pris six villes de guerre et fait prisonniers plusde trente bataillons. Eugène était de retour en Italie . En 1705, les arméesde France et d’Allemagne étaient en présence sur l’Adige. Vendôme voulaitempêcher Eugène de porter du secours au duc de Savoie . Ce prince avait ungrand avantage, c’était son esprit de ruse et sa vigilance extrême en présencede la négligence de son adversaire. Grâce à cet avantage, Eugène parvintsouvent à échapper à l’armée française, et fit quelques pas en avant; ainsi, il

(1) C’est ici surtout qu’on reconnaît les grands effets du talent militaire. En 1703, au moyend’une excellente position choisie sur le Danube, entre Dillingen et Lawingen, Villars arrêtale prince de Bade; en 1705, dans sa position de Cerik, il arrêta Marlborough qui avait annoncécertaine l’invasion du royaume de France. Tallard avait été battu pour avoir préféré la mau-vaise position de Hochstedt à celle de Diliingen.