HISTOIRE I)E L’ARMEE
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avant pour recevoir ce choc, soutenus eux-mêmes par sept escadrons de ca-valerie; or, l’ennemi, ne se sentant pas protégé, reçu avec vigueur, chargeamollement : cette hésitation fit passer nos soldats de la défense à l’attaque.L’ennemi, forcé de reculer, repassa le ruisseau en désordre, poursuivi parnotre cavalerie, et ne s’y reforma que sous le feu de l’infanterie qui gar-nissait le petit bois. Une seconde charge qu’il tenta ne fut pas plus heureuseque la première.
Au premier bruit de la mousqueterie, le maréchal de Tallard, dont la vueétait très-courte, s’était porté vers le lieu du combat, afin d’examiner par lui-même la situation des choses. Pendant ce temps le duc de Marlborough, pro-tégé par les haies qui masquaient ses mouvements, avait fait passer le ruis-seau à treize bataillons d’infanterie et à vingt-quatre escadrons de cavalerie,et marchait en colonnes serrées vers notre centre. M. de Tallard entenditdonc tout à coup le bruit du canon qui retentissait à l’endroit même qu’ilvenait de quitter, il s’y porta à l’instant; mais déjà le feu de l’infanterie en-nemie avait renversé nos deux lignes de cavalerie au delà des villages oùnotre infanterie était enfermée, et notre ligne de bataille était rompue jus-tement entre les deux armées, qui se trouvaient ainsi séparées l’une de l’autre.
Ce mouvement s’était fait avec une telle rapidité et un tel succès, qu’aumoment où M. de Tallard revint au centre, il alla donner au milieu de la ca-valerie ennemie, qu’il prenait pour la nôtre, et ne reconnut sa méprise quelorsqu’il était déjà prisonnier.
Peut-être y avait-il encore moyen de tirer l’armée de ce mauvais pas; carsi elle était coupée par son centre, elle pouvait se reformer en pivotant etprendre entre deux feux la colonne qui était venue si audacieusement la frap-per au cœur; mais une faute de M. de Marsin perdit tout. Craignant d’êtrechargé à la fois par la gauche et la droite de l'ennemi, il se mit en retraitesur Ulm avec l’armée bavaroise, laissant aux prises l’armée française, privéede son chef, avec le prince Eugène et le duc de Marlborough. Dès lors la ba-taille fut perdue.
Au milieu de la confusion qui suivit la rupture de notre centre, la prise deTallard et la retraite de Martin, personne ne songea à l’armée qui restait en-core dans Bleinheim. Elle était de onze mille hommes environ des plus an-ciens corps. Il y a vingt exemples de moindres armées qui ont battu des corpsplus considérables ou opéré de glorieuses retraites. Cernés dans le village deBleinheim, tous restèrent prisonniers ; les vieux régiments déchirèrent et en-terrèrent leurs drapeaux, ils obéirent en frémissant à l’ordre de leurs chefs,et l’on vit l’élite de nos régiments d’infanterie sortir de ce village, avec leursmousquets renversés, passer sombres et silencieux au milieu des rangs en-nemis pour y déposer leurs armes. L’impression que ces événements pro-duisit en France fut d’autant plus grande, que jamais, jusqu’alors, on n’avaitdouté de la valeur et du dévouement de l’armée.
Un siècle plus tard, une capitulation presque semblable livrait à Ulm, nonloin d’Hochstedt, un corps de trente mille hommes à l’armée de Napoléon .