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Tome second.
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170 HISTOIRE DE L’ARMÉE

de Denain ; ce dernier poste ne pouvait être secouru à temps s'il était attaqué.Un curé et un conseiller de Douai , se promenant vers ces quartiers, furent lespremiers qui s’aperçurent combien il serait facile d’enlever Denain . Cette idéefut communiquée au maréchal de Montesquiou, qui en donna avis à Villars.Le général l’approuva et prescrivit des ordres pour le mettre aussitôt à exécu-tion. Pour donner le change au prince Eugène, il feignit de diriger toutes sesforces vers Landrecies , pendant qu’un corps d’élite se portait en toute hâtevers Denain . Le comte d’Albemarle, qui s’y trouvait retranché avec dix-sept bataillons, fut informé par ses hussards de la marche inattendue del’armée française . Il en avertit le prince Eugène, en lui disant qu’il se faisaitfort de résister pendant quelques heures, mais qu’il ne répondait pas de la batailleavant le coucher du soleil, et qu'il attendait de prompts renforts .

Villars ne leur donna pas le temps d’arriver ; ses ordres furent succincts etrapides : le comte de Coigny surveillait les alliés. La garnison de Valenciennes fut dirigée par la droite vers Denain , tandis que le marquis de Vieux-Pont,Albergotti et le comte de Broglie l’aborderaient de front. Les colonnes d’at-taque furent bientôt formées : trente bataillons, quatre-vingts compagniesde grenadiers ou de dragons à pied furent placés en première ligne et s’a-vancèrent enseignes et banderoles déployées; une colonne d’infanterie lessuivait. Le comte d’Albemarle ne put résister longtemps à l’impétuositéfrançaise stimulée par l’espérance du succès : l’attaque se fit au pas decourse, et le camp de Denain fut enlevé. On y entra pêle-mêle au son desfanfares, au bruit du tambour et aux cris de vive la France ! Les bataillonsanglo-hollandais furent massacrés ou jetés dans l’Escaut. Le comte d’Albe-marle rendit son épée ; deux princes de Nassau, un prince de Holstein , unprince d’Anhalt furent faits prisonniers ainsi que trois mille hommes.

Le prince Eugène arriva pour être témoin de ce désastre ; il fit attaquer lepont de l’Escaut; mais, après avoir perdu quelques centaines d’hommes, il seretira en toute hâte vers son camp.

La victoire de Denain fut décisive : elle frappa la coalition au momentpropice et la détruisit. Villars en profita avec son habileté ordinaire ; il délivraLandrecies, s’empara de Douai, du Quesnoy , de Bouchain, et poussa le princeEugène l’épée dans les reins jusqu’au delà de nos frontières, après lui avoirfait perdre, depuis Denain , plus de quarante bataillons.

La victoire de Denain fut célébrée en France par d’unanimes acclamations;elle avait sauvé la nationalité française , et préparé la conclusion du traitéd’Utrecht . La face des choses avait totalement changé. La paix restait tou-jours désavantageuse, mais n’était plus déshonorante; elle se divisa en diffé-rents traités qui furent signés les uns après les autres dans le courant del’année 1713.

L’Angleterre faisait démolir et combler le port de Dunkerque; l’Espagne lui assurait la possession de Gibraltar et de Minorque; la France lui aban-donnait la baie d’Hudson, Terre-Neuve et l’Acadie. Elle obtenait en Améri-que des droits de commerce que Philippe V n’avait pas même accordés à la