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HISTOIRE DE L’ARMÉE
aux mains de Richelieu la citadelle de Port-Mahon et l’ile tout entière.
Cette action eut en France et en Europe un grand retentissement; elle cou-vrit de gloire M. le maréchal de Richelieu, et porta au comble la réputationde bravoure de l’armée française. Le lendemain de la prise de Port-Mahon ,les Anglais , au moment d’évacuer la citadelle, jetant un dernier regard surses immenses rochers bordés de fortifications, sur ces fossés profonds danslesquels un homme de sang-froid n’aurait osé descendre, demandaient avecsurprise à nos soldats par quel moyen ils avaient pu les escalader.
Ce succès éclatant fut malheureusement le dernier que nos armées obtin-rent contre l’Angleterre, et il fut, l’année suivante, sur les bords delà Saale ,suivi d’une défaite non moins éclatante.
La France , au début de la guerre de Sept Ans, s’était engagée à fournir24,000 hommes à la reine de Hongrie . Le prince de Soubise en prit le com-mandement ; il passa le Rhin à Dusseldorf, et se dirigea en Saxe , où il seréunit à l’armée des contingents. Il entra à Erfurth le 21 août. La France , quivoulait en même temps s’emparer du Hanovre , envoya une autre armée fortede 80,000 hommes, composée de cent douze bataillons et de cent dix esca-drons, sous les ordres du maréchal d’Estrées, homme de guerre d’un grandmérite, auquel une intrigue de cour enleva son commandement au momentoù il venait de remporter la bataille de Hassembeck. Il avait pour lieutenantsgénéraux Chevert, d’Armentières et de Contades. Le maréchal d’Estrées passale Rhin, traversa la Westphalie et se porta sur le Wéser . Son adversaire, leduc de Cumberland, le même qui commandait l’armée anglaise à Fontenoy,qui occupait le camp de Bieteld avec une armée de 60,000 hommes à la soldede l’Angleterre, repassa le Wéser et campa à Hassembeck, ayant sa gauche surles hauteurs de Ohsen, à une lieue en avant de la forteresse de Hameln , occu-pant une ligne dé 2,300 toises. Le village de Hassembeck et une redoutecouvraient leurs flancs; un marais impraticable était entre le village et lefleuve.
Le 16 juillet, le maréchal d’Estrées passa le Wéser sur six colonnes au-des-sus de Hameln . Le 24, il prit position devant l’armée ennemie, reconnutqu’elle était attaquable par les hauteurs de la gauche, et détacha Chevert , qui,le 25, avec seize bataillons, tourna la position de l’ennemi sur la gauche, etprit position au village d’Afferde, sur ses derrières. Chevert était l’homme descirconstances difficiles. Officier de fortune, sans aïeux, sans appui et orphe-lin dès l’enfance, il était entré au service à l’âge de seize ans, et il s’étaitélevé à force de mérite jusqu’au grade de lieutenant général. L’escalade etla défense de Prague l’ont couvert d’une gloire immortelle. La journée d’Has-sembeck fut son œuvre personnelle. Le seul titre de maréchal de France, ditd’Alembert, a manqué, non pas à sa gloire, mais à l’exemple de ceux qui leprendront pour modèle.
Le maréchal d’Estrées, avec vingt-quatre bataillons et quatre régiments dedragons, occupa une position intermédiaire le 26 au matin. Le général Che-vert commença son attaque sur l’extrême gauche du duc de Cumberland. Ce-