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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
taille sur sa droite. A un signal convenu, l’armée prussienne se mit en mou-vement. Frédéric fit jeter les tentes aux vents, et les Français aperçurentavec étonnement cette armée dans un ordre admirable de bataille, entredeux collines garnies d’artillerie. Il y avait quelques années qu’on avait vouluexercer les soldats français à manœuvrer à la prussienne; on avait ensuitechangé plusieurs évolutions dans ces exercices, en sorte qu’ils ne savaientplus où ils en étaient. Aussi quand l’armée prussienne s’ébranla dans cetordre imposant, inconnu presque partout ailleurs, avec cette cavalerie siexercée, si savante et si bien conduite; avec cette infanterie si manœuvrièreet cette artillerie légère si admirablement servie, l’impression qu’elle pro-duisit sur l’esprit des alliés fut extrême, et se changea en une terreur pro-fonde. Quelques charges de cavalerie et quelques volées de canon y mirentle désordre. Les troupes des Cercles s’enfuirent presque sans combattre. Lacavalerie française, ébranlée par l’artillerie, se culbuta sur l’infanterie et ymit le désordre. Six bataillons prussiens suffirent pour la disperser. Ce nefut point une bataille, ce fut une armée entière qui se présenta au combatet qui fit volte-face. Il n’y eut que six bataillons prussiens d’engagés, etFrédéric ne perdit que 500 hommes. Les Français , au contraire, perdi-rent 7,000 prisonniers, vingt-sept drapeaux et un grand nombre de canons.L’histoire n’offre pas d’exemples d’une pareille bataille, et cette bataille, ce-pendant, fut décisive pour les destinées de la monarchie prussienne. Ellechangea la face des choses : Frédéric en profita avec son habileté ordinaire,et ne laissa les débris de l’armée vaincue se rallier qu’au delà des montagnesde la Thuringe .
« Le résultat de la bataille de Rosbach, dit Napoléon , n’est point extraor-dinaire : 22 ou 26,000 Prussiens, troupes d'élite et bien commandées, devaientbattre 45 ou 50,000 hommes de troupes de l’empire et de troupes françaisesde ce temps, si misérablement commandées. Mais ce qui a été un sujet d’é-tonnement et de honte, c’est d’avoir été battu par six bataillons et trenteescadrons. Ce n’est pas une armée composée de pareilles troupes, comman-dée par de pareils officiers, dont l’âme et l’esprit étaient si faibles, dont tousles ressorts étaient si mous, qui pouvait entreprendre une marche de flancdevant une armée bien constituée. »
Quoi qu’il en soit, cette étrange journée du 5 novembre produisit à Paris une singulière impression. Un murmure universel s’éleva du général jus-qu’aux ministres et jusqu’au roi.
La France , habituée aux grands événements de guerre, quelquefoisfunestes, mais toujours glorieux pour ses armes, la France poussa un im-mense cri de réprobation contre le général et contre l’armée. L’esprit phi-losophique fermentait alors dans toutes les têtes. L’orage révolutionnairequi devait emporter toutes les vieilles institutions monarchiques grondaitdéjà dans les idées. La pensée populaire ne se traduisait plus seulement enpamphlets, en chansons satiriques, comme au temps de Louis le Grand ; ellese formulait hardie et terrible, confondant dans la même menace les hommes
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II.