218 HISTOIRE DE L’ARMÉE
du pouvoir et la royauté elle-même. Le désastre de Rosbach provoqua dansParis un murmure général. On critiqua vivement le cabinet de Versailles ,on livra aux huées de la foule les officiers qui dirigeaient les opérations de laguerre sous les ordres du roi, on commenta tout haut les intrigues de cecomité et le choix des généraux auxquels on confiait la direction des ar-mées. Jamais, en effet, nos troupes n’avaient été si misérablement comman-dées. A aucune époque de notre histoire la France n’avait eu des armées sinombreuses sur une seule frontière, et à aucune éooque elles n’avaient rem-pli un rôle si honteux et si ridicule.
Le roi de Prusse, pour perpétuer le souvenir de cette étrange journée, fitélever un monument sur le champ de bataille même. Cinquante ans après,l’avant-garde de la grande armée française détruisait le monument, et effa-çait, à lêna, le souvenir des désastres de Rosbach.
L’armée aux ordres de Richelieu avait pris ses cantonnements après laconvention de Closter-Sewen. Le duc Ferdinand de Brunswick , ayant rem-placé le duc de Cumberland, fit connaître au maréchal de Richelieu que latrêve était rompue. Les hostilités recommencèrent vers la fin de 1757. Maisla rigueur de la saison empêcha les généraux de rien entreprendre. Richelieufut rappelé et remplacé par le comte de Clermont, prince de la maison deCoudé , qui prit le commandement le 15 février 1758. Le comte de Clermontétait brave comme tous ceux de sa race; mais il ne se doutait pas de ce quec'était qu’une armée; il n’avait même jamais passé une revue. C’était unabbé que madame de Pompadour venait de transformer en chef d’arméepour l’opposer à l’un des plus habiles généraux du grand Frédéric. Aussi,le vainqueur de Rosbach, en apprenant cette nomination, s’écria : J'espèrequil sera bientôt relevé par l'archevêque de Paris . Sa présence à la tête denos armées fut marquée par de honteuses défaites. Avec une armée supé-rieure en nombre à celle de son adversaire, il évacua cent lieues de terrainsans donner un coup de sabre, laissa prendre à sa vue une place forte commeMinden sans tenter de la secourir. «Tout cela, dit Napoléon , est peu honora-ble, non-seulement pour le général, mais pour l’armée ; car enfin si Broglie,Saint-Germain, Chevert, d'Armentières , eussent demandé à se battre, si l’o-pinion des généraux et des chefs de corps eût été hautement manifestée defaire quelque résistance, de sauver au moins l’honneur des armes, le généraln’eût pu s’y refuser. » En huit jours, tout le pays de Hanovre fut évacué.L’armée perdit ses magasins, ses bagages, ses munitions et plus de centpièces d’artillerie.
La nation française fut encore une fois humiliée d’apprendre que ses sol-dats avaient fui devant une poignée d’Allemands ramassés à la hâte, forcésquelques mois auparavant de prendre leur salut dans une supension d’ar-mes humiliante (à Closter-Sewen). Le maréchal de Belle-lsle, ministre de laguerre, fit renfermer à la Bastille plusieurs officiers, et écrivit au colonel dechaque corps une lettre très-menaçante. Mais les racines du mal étaienttrop profondes. La discipline n’existait plus que de nom ; les officiers géné-