219
ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
raux eux-mêmes donnaient l’exemple de l’insubordination. Pouvait-il enêtre autrement quand le choix de ces officiers dépendait souvent d’un ca-price de madame de Pompadour ! Dans les marches, dans les campements del’armée française, et même sur le champ de bataille, tout était confusion etdésordre: on voyait de simples officiers mener des courtisanes avec eux.L’armée était-elle en marche, les généraux permettaient que ces filles per-dues fussent traînées dans des carrosses au milieu des batailles. Dans lescamps, c’étaient des orgies, des fêtes, où l’on étalait le», luxe le plus brillant.On ne comptait pas moins de douze mille chariots appartenant à des mar-chands ou vivandiers dans l'armée commandée par le prince de Souhise, etqui fut dispersée si honteusement à Rosbach. Les gazettes de cette époquerapportent qu’après la défaite de Gotha, où les hussards de Seydlitz mirenten fuite les 9,000 grenadiers du prince de Soubise, on ne fit prisonniersqu’un très-petit nombre de soldats, mais, en revanche, on prit un grandnombre de femmes, d’aumôniers de régiments, de valets, de cuisiniers etmême de comédiens. Dans les équipages des généraux on trouva des cais-ses entières de pommades, d’essences, quantité de poudre , bourses àcheveux, parasols, robes de chambre et perroquets.
Dans les camps on donnait des bals chaque jour, et il n’était pas rare,même la veille d’une bataille, de voir un chef de corps quitter son poste pouraller danser un menuet dans un village voisin. Dans l’armée du comte deClermont, le comte de Saint-Germain, depuis ministre de la guerre, et lemême qui chercha à porter la hache dans ce fourré des préjugés et des dés-ordres, le comte de Saint-Germain, qui commandait un corps de 10,000 hom-mes, abandonna son corps en se contentant d’écrire au chef de l’armée lelieu où il l’avait laissée. Cette lâche défection, que de nos jours ont eût puniecomme crime de haute trahison, fut alors appelée démission, et personne nes’en occupa.
Quant au soldat, il resta ce qu'il avait été de tout temps, brave, patientet dévoué. Quand l’armée de Hanovre arriva sur les bords du Rhin , dit unauteur (I), dans un étatdéplorable,couverte de haillons etexténuéede fatigueet de faim, la gaieté n’abandonna pas nos troupes; elles chantaient, faisaientdes gambades, et paraissaient plus sensibles au manque de poudre qu’au man-que de nourriture. Rien commandé, le soldat français faisait des prodiges; malcommandé, il prenait honteusement la fuite. Malheureusement, dans cetteguerre de Sept Ans, il avait perdu toute confiance en scs chefs et toute con-fiance en lui-même. Il était tourmenté d’une vague inquiétude : les idées deréforme y pénétraient déjà. Ces mêmes hommes, que nous reverrons quel-ques années plus tard à la tête de nos armées républicaines, n’étaient alorspour la plupart que de simples sous-officiers, et ils se plaignaient déjà haute-ment de l’ilotisme où les condamnait une loi qui n’accordait les grades qu’àla naissance. Les jeunes sous-officiers des régiments et les soldats eux-mêmes