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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

La seule cause qu’on puisse invoquer en leur faveur, c’est qu’ils necomprenaient pas la portée de la grande révolution qui se préparait.La plupart ne voyaient dans cette fuite qu’un mouvement déjà vieux dansl'histoire. Les Huguenots pendant la Ligue, les Frondeurs'sous Mazarin , lesRéformés sous Louis XIV , étaient allés prendre du service en Hollande, en

bagages; la majeure partie de Royal-AUemnnd, Dauphin-Cavalerie, Saxe-IIussards, Berchinyet Chamborant rejoignirent leurs anciens chefs. Une lettre circulaire engagea tous lesanciens gardes du corps, licenciés le 21 juin 1791, à rentrer au service. Us arrivèrent succes-sivement à Coblentz , et y formèrent, par le nombre de surnuméraires qui s’y joignirent, uncorps plus considérable qu’il ne l’était avant. La quantité de gentilshommes qui passaientjournellement la frontière détermina les princes à solliciter de l'archiduchesse Marie-Chris-tine, gouvernante des Pays-Bas, l’autorisation de former, dans la petite ville d’Atli, prèsBruxelles , un établissement pour la noblesse émigrée. Le général comte de la Châtre futchargé de commander ce rassemblement, qui fut dès lors distribué en compagnies d’infan-terie et de cavalerie.

En même temps, la Maison du roi s’organisait à Coblentz sur le même pied où elles’était trouvée avant les réformes introduites par le comte de Saint-Germain, ministre de laguerre ; les compagnies de gendarmes, de la garde, les chevau-légers, mousquetaires, gre-nadiers et gardes de la porte, supprimés ou réduits en 1775, furent rétablis. On rappela lesgendarmes des compagnies.rouges, réformés en 1789; on recomposa les maisons militairesde Monsieur et du comte d’Artois. Un corps de cavalerie de trois cents gentilshommes, dési-gnés sous le nom de Chevaliers de la Couronne, fut mis sur pied et commandé par le comtede Bussy, noble bourguignon. Un assez grand nombre d'officiers des gardes françaises fournitdes fonds, qui furent employés à lever un corps d’infanterie auquel on donna le nom d'hom-mes d'armes à pied, celui de gardes françaises étant regardé comme à jamais souillé par ladéfection dont ce régiment s’était rendu coupable. Les princes firent, en outre, des capitu-lations avec quelques petits États d’Allemagne et plusieurs particuliers pour la levée dedifférents autres corps. Une.foule de guerriers de tout âge et de tout rang prirent part àcette ligue et brûlaient d’entrer en campagne pour venger la cause du trône. La déclarationde Pilnitz (1792) leva tous les obstacles que les frères de Louis XVI avaient éprouvésjusque-là pour la formation complète de leur armée. Elle fut divisée en trois corps, dont leplus considérable, fort de 12,000 hommes, sous les ordres Monsieur, du comte d’Artois et dumaréchal de Broglie, se réunit à l’armée prussienne qui marchaitsur Thionville , commandéepar le duc de Brunswick. Le prince de Condé, à la tête d’un second corps de 5,000 hommes,fut destiné à agir dans le Brisgau avec une division autrichienne dirigée par le princed’Esterhazy , et enfin le duc de Bourbon avec son fils, le duc d’Enghien, réunit dans le paysde Liège les 4 à 5,000 émigrés épars dans le Brabant, et joignit l’armée autrichienne du ducAlbert de Saxe-Teschen dans les Pays-Bas.

De ces trois corps, celui commandé par le prince de Condé subsista seul, l’armée prus-sienne, forcée de battre en retraite devant l’armée républicaine de Dumouriez , ayant entraînéle licenciement de la division des princes fiançais, et les succès de Custine en Hollande ayantpresque anéanti la division du duc de Bourbon. Les débris de ces deux corps grossirent lapetite armée du prince de Condé, alors en Souabe. Ce n’était pas sans leur imposer de rudessacrifices que l’empereur d’Autriche avait consenti à conserver sur pied les condéens. Onexigea des gentilshommes qu’ils se contentassent de la paye de simple soldat, et qu’ils enfissent les fonctions les plus pénibles. On leur donna un officier autrichien pour général enchef; et pendant que les soldats allemands , bien vêtus, bien chaussés, ne manquaient derien, les émigrés, presque oubliés, léduits à un dénùment affreux, encombraient les hôpitaux.

L’impératrice de Russie, Catherine II , prodigua des secours empressés à ces nobles infor-tunes, et mit à la disposition du chef de cette petite armée royale les hommes, les armes etsurtout l’argent, dont la privation absolue réduisait au néant ses services. Dès lors, la division