252 HISTOIRE DE I/ARMÉE
saient â quitter la ville pour se rendre à l’endroit que je leur désignerais; queles deux ofliciers généraux allaient être immédiatement remis entre mesmains. En efl'et, quelques minutes après, je vis la tête de colonne, formée parîe régiment du Roi, défiler pour sortir de la ville, et je fus bientôt rejoint parles généraux de Malseigne et Dénoué. Croyant fermement que tout était ter-miné, d’après l’assurance des députés de la ville et de la garnison, je sus-pendis la marche de mes troupes; j’envoyai même quelques gardes nationauxde Metz dans la ville, où ils furent reçus de la manière la plus amicale, et jen’attendais que le départ de la garnison pour y entrer moi-même et en prendrepossession. Je me crus dans la plus parfaite sécurité, et je m’applaudis dem’être tiré heureusement d’une position si extraordinaire et si dangereuse.Je causais tranquillement avec les deux ofliciers généraux et quelques-unsdes principaux habitants de la ville qui les avaient accompagnés à quelquedistance de la porte où j’avais placé la tête d’une de mes colonnes, lorsque lapopulace, réunie à un grand nombre de soldats qui n’avaient pas suivi leursdrapeaux, engagèrent une querelle avec mon avant-garde, composée deSuisses , et se disposèrent à tirer sur elle avec plusieurs pièces de grosse ar-tillerie chargées à mitraille, qu’ils avaient placées à l’entrée de la porte. Unjeune officier du régiment du Roi, nommé Résiliés, parvint cependant à les enempêcher pendant quelque temps. Il se précipita à la bouche d’un canon, et,quand on l’en eut arraché, il sauta sur un canon de vingt-quatre, et s’assitsur la lumière. Il fut massacré dans celte position. La mèche fut appliquée aucanon, et dans un instant cinquante ou soixante hommes de mon avant-gardetombèrent morts. Le reste, suivi par les grenadiers français , s’avança avecfurie pour s’emparer des canons, prit position de la porte appelée Mainville,et entra dans la ville, où il fut en un instant accueilli d’une grêle de coups defusil tirés des caves, des fenêtres et des toits des maisons, sans oouvoir aper-cevoir un seul ennemi.
« Quel fut mon étonnement quand j’entendis le signal d’une bataille que jem’étais efforcé d’éviter, et à laquelle je n’avais plus aucune raison de m’at-tendre ! Je courus me mettre à la tête de mes troupes, qui étaient dans le plusgrand désordre et sur le point de prendrela fuite. Je les ralliai cependant, etje fis en hâte mes dispositions pour pénétrer dans la ville sur deux colonnes,qui avancèrent lentement, et ayec de grandes difficultés, le long des princi-pales rues. En même temps, les troupes de la garnison, s’imaginant qu’ellesétaient trahies et qu’on avait profité de leur absence pour attaquer le peupleet leurs camarades, rentrèrent précipitamment dans Nancy pour les secourir.Heureusement, les officiers du régiment du Roi, qui avaient été forcés par lessoldats de rester avec eux, réussirent à leur persuader de se retirer dans lacour de leur caserne, de s’y ranger en bataille, et d’attendre qu’on les yattaquât. Cette sage mesure sauva tout. Il n’y eut que 600 hommes de ce ré-giment qui se réunirent au reste de la garnison et au peuple pour m’atta-quer. Mes troupes, indignées, croyant qu’on ne les avait laissées entrer dansNancy que pour les faire tomber dans une embuscade et pour les attaquer