ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 205
champ de bataille 4,500 hommes tués ou blessés. La perte des Français étaità peu près égale.
Telle fut l’issue de la bataille de Jemmapes, qui eut un éclat d’autant plusgrand qu’on s’attendait moins à ce résultat de la part des troupes françaises.
« Les hommes, dit un célèbre écrivain militaire, Jornini, passent si ra-pidement d’un extrême à l’autre, que cette affaire, si simple en elle-même,fut regardée comme un prodige. Des narrateurs exagérés parlaient de l’es-calade d’un triple étage de redoutes, comme d’un exploit qui surpassait debeaucoup celui du grand Condé aux retranchements de Fribourg, et jamaisce triple étage n’exista que dans leur imagination. Aujourd’hui encore, biendes gens la regardent comme un fait d’armes extraordinaire. Cependant, lelecteur impartial conviendra que dix-huit mille Autrichiens, exposés sur unemauvaise ligne d’opérations, à deux cents lieues de leur pays, acquirent plusde gloire en se tirant de là avec deux mille hommes de perte, que le généralfrançais en les laissant échapper. Ce jugement, pour être sévère, n’en est pasmoins fondé, car il devait les prendre jusqu’au dernier, en faisant un meil-leur emploi de ses moyens. Sans doute, les troupes françaises déployèrent del’enthousiasme et du courage dans l’assaut du centre; mais voilà tout ce qu’ily eut de plus merveilleux pour l’époque, plus tard on n’en eût pas fait men-tion. »
Il est vrai que si l’on juge la conduite de ce général d’après les règles del’art, on trouve l’ensemble de ses dispositions vicieuses; car il est un prin-cipe dont il ne faut jamais s’écarter à la guerre, c’est de marcher au pointstratégique décisif avant de combattre; or, c’était par la route qui conduitde Binch et de Charleroi à Mons qu’était ce point décisif, et les Français ,venant delà Champagne, devaient attaquer le duc Albert. Dumouriez ne s’enaperçut pas. Les dispositions qu’il fit pour la bataille elle-même, telles qu’illes rapporte dans ses mémoires, offrent un mélange singulier d’habileté et defautes graves.
« U faut convenir, dit le savant général que nous venons de citer; il fautconvenir, juger sagement de l’avantage qu’il obtiendrait en tournant lagauche des ennemis, bu qu’il y détache d'Harville. Cependant les instruc-tions qu’il lui donna n’étaient point en harmonie avec le but qu’il devait at-teindre, car elles lui prescrivaient de se tenir à la hauteur de l’aile droite deBeurnonville. En voulant suivre littéralement ces ordres, d’Harville donna defront sur le corps de Beaulieu, qui le déborda; s’il eût voulu gagner l’ex-trême gauche de ce corps, il n’aurait plus été à la hauteur de Beurnonville.Ainsi, un point essentiel de l’instruction était en contradiction avec l’autre,et en détruisait l’effet. Sans doute un général plus consommé que d’Harvillese fût attaché à gagner l’extrême gauche de Beaulieu, en se prolongeant àdroite; mais cela ne disculpe pas le général en chef d’avoir fait un simpleaccessoire de l’objet principal, tandis qu’il entasse inutilementtant de troupescontre la droite de l’ennemi, partie pour ainsi dire invulnérable de sa posi-tion, et que l’on n’avait aucun intérêt à forcer, b