Band 
Tome second.
Seite
296
JPEG-Download
 

296

HISTOIRE DE L’ARMÉE

Mais si l’on juge la conduite de Dumouriez au point de vue de son armée,on ne saurait trop le louer des résultats qu’il obtint. Sans doute que danscette armée, le sentiment patriotique dominait et pouvait enfanter des pro-diges, ainsi qu’on le disait alors; mais la désorganisation la rongeait aucœur, par la turbulence et l’indiscipline des volontaires nationaux. On ne faitcampagne contre des armées disciplinées et aguerries, qu'avec des solda’.srégulièrement instruits et disciplinés, avec une artillerie bien montée, etune cavalerie fortement organisée. Or, ces éléments manquaient en partiedans l’armée aux ordres de Dumouriez . L’administration de la guerre, con-fiée à Pache, laissait tous les services dans un dénûment absolu. On faisaitpérir de misère ces volontaires accourus des extrémités de la France , au cride la patrie en danger. Les bureaux, dirigés par les adeptes du club des jaco-bins , étaient devenus un réceptable d’intrigants et de fripons. Le désordre del’administration se faisait sentir dans les armées, où la pénurie engendraitl’indiscipline. L’armée vivait au jour le jour. D’un autre côté, les levéesd’hommes avaient cessé avec les dangers de la patrie. Aucun nouveau ba-taillon ne s’était formé depuis le mois d’octobre; c’est avec peine qu’onavait achevé d’armer et d’équiper ceux dont l’organisation était commencéeavant la retraite des Prussiens, et les corps ne pouvaient parvenir à remplirles vides que les fatigues de la guerre avaient faits dans les rangs des di-verses armées.

C’était donc un immense résultat obtenu, que d’avoir vaincu, avec une tellearmée, une armée autrichienne fortement retranchée, et d’avoir montré àl’Europe que la partie glorieuse et noblement intrépide du caractère français ne se trouvait pas seulement dans la noblesse, mais qu’elle se trouvait encore,et plus essentiellement, chez le peuple. Dumouriez , par sa présence d'esprit,son sang-froid, son ardeur, avait enlevé les troupes et leur avait communi-qué son courage héroïque. On parlait avec étonnement de la valeur de cesvolontaires inexpérimentés, de cette artillerie bravée avec tant d’intrépidité,de ces redoutes escaladées avec tant d’audace. On pouvait bien encore douterdu talent de nos généraux, on ne pouvait plus douter du courage et de l’in-telligence dé nos soldats. La république française apparut dès lors mena-çante et terrible aux yeux de tous les souverains. Quelle barrière opposerdésormais à l’entraînement de la valeur française , si fortement exaltée pardeux immenses avantages? C’est moins le succès matériel d’une victoire quigrandit une armée, que le sentiment moral de la force qu’elle en recueille. Cesentiment, l’armée française le portait à l’extrême, sous l’impulsion de chefsardents et impétueux. Un mois s’était à peine écoulé depuis l’invasion de laChampagne , et non-seulement le territoire était délivré, mais les bords duRhin étaient conquis par nos soldats; mais Mayence , la puissante cité deguerre, voyait suspendu à ses hautes murailles le drapeau tricolore; maisFrancfort , la ville libre des cercles germaniques, ouvrait ses portes à nosavant-gardes françaises; mais Bruxelles accueillait en libérateur le vainqueurde Jeminapes. Le comté de Nice subissait les lois sanglantes de la guerre; la