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HISTOIRE UE L’ARMÉE
vention semblait grandir avec le danger de la patrie. Le comité de salut pu-blic redoublait d’activité et d’audace. Dans ce comité se trouvait un hommed’un rare mérite et d’un noble patriotisme. Nous avons nommé Carnot. Offi-cier dans l’arme du génie avant la révolution, il avait profondément méditéles ouvrages militaires des anciens et leur constitution politique. Cette étudeavait contribué à le rendre républicain. L’austérité toute Spartiate de ses prin-cipes, son désintéressement, la pureté, l’élévation de ses sentiments, sesgrands talents militaires, les services qu’il rendit à la France ont fait oublierles excès auxquels il prit part comme membre de ce terrible comité de salutpublic, et lui ont mérité l’estime de tous ceux qui honorent le génieuni à la probité. Peu d’hommes, en effet, ont été plus utiles à leur paysque Carnot. A dater du déblocus de Dunkerque jusqu’en 179G, il dirigeatoutes les opérations de la guerre sur nos frontières, dicta les plans de toutesles campagnes, ramena la victoire sous nos drapeaux, sans chercher les va-nités de la gloire. Tous nos jeunes généraux républicains doivent leur éléva-tion à Carnot, juste appréciateur du mérite militaire. Pichegru , lloche etJourdan furent ses créatures; et s’il commit quelques erreurs dans son sys-tème de guerre (1), par combien de succès ne furent-elles pas réparées.Il suffit de lire ses instructions aux généraux de la république pour se faireune idée de la grandeur de son caractère et de la hauteur de ses talentsmilitaires.
A peine chargé de la direction des opérations militaires, Carnot organisala victoire sur nos frontières; il donna à chacune des onze armées de la ré-publique (2) une direction et un but assuré ; et quand le territoire de la France fut délivré de la présence des étrangers, c’est lui qui, l'œil fixé sur la carted’Europe , y traça la route que nos bataillons devaient suivre, qui, à traversles Alpes, qui, derrière les Pyrénées, qui, sur le Rhin et la Meuse , pour cettegrande œuvre de conquête que Napoléon a réalisée depuis.
Après la prise de Valenciennes et de Coudé , le comité de salut public, fai-sant un nouvel appel à la nation, ordonna la levée en masse (3), et mit àl’ordre du jour ce décret auquel l’histoire d’aucune nation n’a rien à com-parer :
« Jusqu’au moment où les ennemis auront été chassés du territoire de laRépublique, tous les Français sont en réquisition permanente pour le servicedes armées.
« Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront les armeset transporteront les subsistances; les femmes feront des tentes, des habits,
(1) Le système favori de Carnot était d’opérer sur les deux ailes, manœuvre dangereuse ànombre égal, puisqu’elle donne aux lorcesune direction centrifuge, et à peine convenable pourune armée supérieure, puisqu’on obtiendrait presque toujours des succès plus certains enopérant sur une des ailes seulement. (Jomini .)
{i) Elles furent portées à 14 au mois de septembre ; nous en donnerons la liste.
(3) Cetle levée en masse qui, d’après le chiffre de la population, aurait dû produire1,500,000 soldats, en produisit à peine 400,000, c’est-à-dire les deux cinquièmes.