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Tome second.
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324 HISTOIRE DE L’ARMÉE

Les alliés cependant avaient près de 500,000 hommes échelonnés sur nosfrontières. Ils pouvaient frapper un coup décisif; car si la France avait été en-vahie plusieurs fois, jamais l’invasion ne s’était dirigée avec autant de certi-tude et de plus puissants moyens. La prise de Valenciennes et de Condé per-mettait au duc d’York et au prince de Cobourg de se jeter sur Bouchain etCambrai , places de troisième ordre, et, de là, de porter le théâtre de la guerresur la Somme, comme ils le firent depuis. Au lieu de ce plan stratégique sisimple et d’une exécution facile, ils perdirent leur temps en questions de pré-séances et d’intérêts politiques. Aussi ne peut-on expliquer cette inaction detrois mois devant une armée désorganisée et en fuite, si ce n’est par l’espé-rance qu’avaient les ennemis que la république allait périr par ses propresexcès, et que les révoltes du Midi et de l’Ouest gagneraient bientôt toutesles autres parties de la France . Et puis chacune de ces nations, unies par unintérêt commun de défense, étaient secrètement désunies par leurs prétentionssur l’ancienne monarchie française. 11 ne s’agissait plus pour les alliés de la res-tauration d’un souverain nouveau, il s’agissait du démembrement de la France .L’Angleterre voulait Dunkerque et nos colonies; l’Autriche, Lille et Valen-ciennes; la Prusse, les frontières du Rhin , etc. Ces négociations entraînaientdes longueurs et paralysaient les mouvements des armées. Le comité de salutpublic en profita. L’armée du Nord, depuis le départ de Custine, s’était retran-chée dans le camp de César, derrière Cambrai , sous le commandement provi-soire du général Kilmaine ; mais elle dut abandonner cette position hasardée,et se concentrer entre Arras et Douai , au camp de Gavarelle. C’est là que lenouveau général en chef Houchard vint en prendre le commandement.

Houchard , officier de fortune, était le premier plébéien qui depuis le com-mencement de la révolution eût reçu le commandement en chef dans nos ar-mées. Il avait alors cinquante-trois ans, et comptait autant de blessures qued’années ; mais sa capacité militaire était loin d’égaler son courage. Et siCarnot lui avait confié un commandement si élevé, c’est qu’il lui importaitsurtout en ce moment d’avoir un homme d’action propre à exécuter aveuglé-ment ses plans de campagne ; et puis il l’avait entouré de jeunes officiers in-struits et capables, au nombre desquels se trouvait Hoche, le futur vainqueurde Neuwied . Carnot, en étudiant attentivement la position des alliés, s’étaitaperçu que leur invasion manquait d’unité et de base, en ce qu’elle morcelaitleurs forces et leurs ressources. Au lieu de s’avancer par un mouvement con-centrique des extrémités vers le point central, ils paraissaient suivre une marcheen sens inverse; dès lors il ne s’agissait que déporter partout des masses plusconsidérables, et d’opposer la rapidité de l’action à leurs manœuvres métho-diques. Il fallait frapper comme la foudre, vite et fort ; c’était d’ailleurs le seulmoyen d’utiliser l’ardeur inexpérimentée de nos jeunes soldats, incapables detenirlongtemps en ligne devant des ennemis aguerris, mais qui s’élancaient têtebaissée sur les positions ennnemies, si l’homme qui était à leur tête savaitleur donner l’élan nécessaire. De là ce système d’attaques promptes, rapides,tumultueuses, désordonnées, qui donne un cachet si national aux premières