Band 
Tome second.
Seite
374
JPEG-Download
 

374

HISTOIRE DE L’ARMÉE

L’Autriche ne pouvait se décider à renoncer à la Belgique ; elle vouluttenter le sort des armes dans une nouvelle campagne, avant de céder à la ré-publique cette belle province; à cet effet, elle mit sur pied une armée de200,000 hommes. Tel était l’état de l’Europe au commencement de 1795.Aussi le théâtre des hostilités va-t-il se trouver transporté sur un terrain nou-veau, en Allemagne et en Italie .

A l’intérieur, la France venait de changer la forme de sa constitution répu-blicaine. La Convention avait accompli son œuvre : elle se démettait elle-mêmedeses pouvoirs et les cédait au nouveau gouvernement, qui pritle titre dedirectoire. Cette nouvelle constitution, dite de l’an m, fut soumise aux votes de laFrance . Les armées elles-mêmes furent appelées à opiner sur son opportunité.Les camps furentchangés en assemblées politiques; mais partout de la Bretagne aux Alpes, aux Pyrénées et sur le Rhin , le nouveau mode de gouvernement futapprouvé par acclamations. Les armées étaient sincèrement dévouées à la ré-publique; victorieuses sous le drapeau tricolore, elles étaient fortement démo-cratiques. Les réquisitionnaires de 1793 étaient encore présents en grande partiesous les drapeaux et conservaient le plus grand souvenir de ce comité de salutpublic qui leur avait imprimé un si énergique mouvement et qui avait pré-sidé à de si grands événements de guerre. Les soldats s’étaient accoutumés àcette majesté des grandes actions; ils étaient fiers de se dire soldats d’une répu-blique qu’ils avaient si glorieusement défendue contre l’Europe coalisée etqu’ils regardaient en quelque sorte comme leur ouvrage. Toutes les armées ju-rèrent donc de défendre la république, quelle que fût sa forme constitutive. Cellede Sambre-et-Meuse venait de passer le Rhin ; elle s’arrêta sur le champ de ba-taille, et l’on vit 60,000 hommes s’unir dans un même serment en faveur de larépublique. Celle d’Italie bivouaquait dans les champs de Loano; les salves de sonartillerie apportèrent à Paris , avec le serment de cette armée, la nouvelle d’unegrande victoire qui nous ouvrait les portes de l’Italie ! Ainsi finit la Constitu-tion. « Son souvenir, dit M. Thiers , est demeuré terrible, mais pour elle il n’y aqu’un fait à alléguer, un seul, et tous les reproches tombent devant ce fait im-mense : elle nous a sauvés de l’invasion étrangère. »

Armées du Nord, de Sambre-et-Meuse, et de Rhin-et-Moselle . —Après la con-quête de la Hollande, Pichegru avait été appelé au commandement de l’arméedu Rhin; Moreau avait reçu celui de l’armée du Nord, et Jourdan était restéà la tête de l’armée de Sambre-et-Meuse.

Mais la Convention avait décrété qu’en cas de réunion des trois armées, leconquérant de la Hollande en serait de droit le généralissime.

Les armées républicaines, forcées, pour garder les hauteurs, de s’étendrejusqu’aux bouches de l’Ems, de couvrir une ligne immense et les vingt placesfortes dont elle est hérissée, s’affaiblissaient chaque jour par les désertions àl’intérieur. Depuis que le terrible gouvernement de la terreur avait cessé depeser sur la France , les lois de la réquisition n’étaient plus exécutées qu’in-complétement et la désertion était dans tous les rangs de l’armée.

La plupart des citoyens partis volontairement pour la défense de la patrie