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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

capitula. Après la prise de cette ville, il se porta par une marche sur Heidel-berg . Il pouvait alors couper les communications des deux généraux ennemis,les empêcher d’opérer leur jonction et les rejeter dans la haute Allemagne ;il ne le fit pas, et cette faute eut des suites funestes pour l’armée de Sambre-et-Meuse. En effet, Jourdan, après avoir franchi le Rhin , avait cherché à s’é-tablir devant Mayence; mais, obligé de subir les ordres de Pichegru , qui con-tinuait à rester dans l’inaction, et manquant d’artillerie, d’approvisionnemensde siège, de munitions, de vivres, exposé en flèche au milieu de l’Allemagne ,en face de forces supérieures et dans un pays ennemi, il dut songer à la retraite.Ce mouvement rétrograde ohligeale général Pichegru à se replier luiaussisurFraekendahl; aussi le défaut d’ensemble fit perdre la ligne de Mayence sur leRhin et la ville de Manheim , qui fut reprise par les Autrichiens. C’est au mi-lieu de ces opérations malheureuses qu’un parlementaire, se présentant au quar-tier général de Jourdan, demanda un armistice dont rien n’explique la cause,çt qui se rattachait sans doute aux projets de trahison de Pichegru . En effet,cette suspension d’armes, qui parut d’abord favorable aux armes françaises enpleine retraite, faillit perdre à jamais la république. C’est alors que Pichegru ,qui se trouvait à Strasbourg , entra en relations avec le prince de Condé etLouis-Stanislas-Xavicrde Bourbon, qui s’était rendu à Offenbourg pour se faireproclamer roi de France par les corps émigrés. S’il faut en croire les mé-moires d’un homme qui n’y fut point étranger, Pichegru devait être le res-taurateur de la monarchie en France , et recevoir en récompense un millionen numéraire et le château de Chambord . On ignore encore les causes quifirent échouer*ce beau rêve.

Ainsi se termina sur le Rhin cette campagne qui pouvait être si décisive pourles destinées de la F’rance et si glorieuse pour ses armes. La trahison (on nepeut qualifier autrement la conduite du conquérant de la Hollande) d’un homme•pie la fortune venait d’élever si haut dans l’opinion publique, et qui, cédant àde misérables et infâmes passions, ne craignit pas de souiller sa renommée, sibelle et si pure jusqu’alors (1), en fit perdre le fruit. Honte et infamie aux traî-tres à la patrie, aux déserteurs du drapeau national! Le nom de Pichegru doit être cloué au pilori de l’histoire comme celui de Dumouriez .

Campagne d'Italie (1793). — Pour donner plus d’ensemble aux opérations desarmées des Alpes et d’Italie , le gouvernement les réunit sous la direction supé-

(1) Pichegru , qui s’élait montré si désintéressé et si probeau milieu des richesses de la Hol-lande, si sévère sur la discipline, ne trouvant pas, dans ses appointements eu France , de quoisubvenir aux frais de ses secrètes orgies, céda aux sollicitations des agents royalistes et reçutd’avance une partie du fruit de sa trahison. Le directoire, ayant eu des renseignements surles menées de Pichegru, le manda à Paris , et, pour le mettre dans l’impuissance de nuire, lenomma à l’ambassade de Suède . Le général refusa avec dédain, et offrit sa démission, qui futacceptée. Il rentra alors dans la vie privée, mais sans renoncer à l’idée de remplir le rôle deMonck . On sait comment il périt misérablement en cherchant à réaliser cette idée. Aujourd’huique le voile qui a longtemps couvert les mystères de la conduite de Pichegru en 1795 est levé,que la vérité est connue, on ne doit plus voir en lui qu’un traître à la patrie et un apostat po-litique.