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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Venise , mêlés aux vicioires de nos soldats, impressionnaient vivement lesimaginations. Tout cela était si nouveau, si grandiose, si extraordinaire, qu’onavait peine à y croire. Mais ces événements merveilleux, répétés à la fois parles échos du Midi, par ceux du Rhin et du Danube , ne pouvaient laisser dedoute sur leur réalité, et cette réalité achevait de rendre plus pénibles à cessoldais de l’armée de Sambre-et-Meuse les misères de leur position. Ils admi-raient les exploits de leurs frères d'Italie , mais ils enviaient leur fortune. Cessoldats, cités jusqu’alors comme modèles aux autres armées, étaient éclipsésdésormais par ceux de l’armée d’Italie . A peine maintenant s’occupait-on deleurs travaux, de leurs soull’rances, de leurs privations. Tous les yeux étaienttournés vers le Midi, et cependant c’est cette armée de Sambre-et-Meuse quiavait vaincu à Watignies et débloqué Maubcuge; c’est elle qui avait vaincu àFleurus et donné la Belgique à la France ; c’est elle encore qui, par les victoi-res de la Roer, venait de lui donner la ligne du Rhin ; c’est elle enfin qui avaitle mieux mérité de la république. Rien du reste de plus grave, de plus solennelque les divisions du Rhin et de Sambre-et-Meuse : soldats et officiers conser-vaient quelque chose des temps anciens; c’étaient les légions de Rome disci-plinées avec le sentiment de l’honneur et de la patrie le plus exalté. Là setrouvaient des généraux de la trempe des Gouvion Saint-Cyr, des Kléber, desBcrnadotte, des Marceau, des Soult, etc. C’est cette armée qu’on semblait con-damner à l’oubli pour celle d’Italie , qu’on avait regardée jusqu’alors commeun ramas de sans-cuMlee indisciplinés et livrés à tous les désordres. Aussi l’onsait combien de coups de sabre furent échangés entre les soldats, quand unedivision de l’armée de Sambre-et-Meuse, une des plus belles, la division Ber-nadolte, alla rejoindre l’armée d’Italie sur les rives du Tagliamento . En atten-dant, Jourdan donnait tous ses soins à la réorganisation de son armée. 6,000hommes, détachés de l’armée du Nord, et conduits par le brave général Caslal-vert, venaient la renforcer; les troupes cantonnées autour de Mayence furentrappelées, et l’armée fut ainsi portée à 60,000 hommes, mais elle comptaità peine 5,000 hommes de cavalerie.
L’archiduc, qui avait résolu de rejeter derrière le Rhin l’armée de Sambre-et-Meuse, l’attaqua dans ses lignes de la Lahn , et une fois encore Jourdan futobligé de se retirer devant son jeune et savant adversaire, malgré plusieurscombats victorieux. C’est pendant cette retraite, à Altenkirchen , que périt lejeune Marceau, une des plus brillantes illustrations de l’armée.
Jourdan, vaincu à Wurtzbourg , était vivement poursuivi par l’archiduc etse trouvait acculé aux défilés d’Altenkirchen , quand Marceau avança avec sadivision et tira l’armée de cette position critique. Il fut chargé, par le généralen chef, du commandement de l’arrière-garde. Marceau était adoré des sol-dats, sa division faisait des prodiges sous ses ordres. Aussi l’ennemi fut-ilarrêté et l’armée put continuer sa marche vers le Rhin . Mais, au moment oùle jeune général prenait des dispositions pour tirer parti du terrain où il setrouvait, il fut atteint d’une balle qui le frappa en pleine poitrine. Jourdan, in-formé de cet événement, accourt en toute hâte, s’informe, et voit Marceau