Band 
Tome second.
Seite
383
JPEG-Download
 

383

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

gauche du Mayn, et manœuvra à la hauteur du flanc de l’ennemi en le for-çant ainsi à se retirer concentriquement sur le Danube , dont il aurait fallul’éloigner. Pendant ce temps, Moreau, avec 30,000 hommes, achevait l’enva-hissement de Mayence et assiégeait Ehroinbreistein. Ces mouvements don-nèrent lieu à divers combats glorieux pour les armes françaises, mais stérilescomme résultats. Wurtzbourg, Bamberg , Rothcnburg furent successivementenlevés et les Autrichiens rejetés derrière le Naab . Ces avantages éphémè-res et qu’on eût pu rendre décisifs furent bientôt suivis de grands désas-tres. En effet, les deux armées françaises, victorieuses toutes les deux, ets’avançant triomphalement, l’une vers le Naab et l'autre vers le Danube , con-tinuaient à suivre une direction opposée. L’archiduc Charles n’eut qu’à suivrela tactique qu’il avait si heureusement accomplie au commencement de lacampagne : il concentra ses forces et attaqua séparément ces deux années.Les deux campagnes qu’elles venaient de faire les avaient considérablementdiminuées, et la négligence administrative, en les laissant manquer de ma-tériel et de munitions, acheva de les affaiblir. Aussi toute la fin de la campagnefut-elle une suite non interrompue de revers. L’archiduc porta ses premierscoups à l’armée de Sambre-et-Meuse; il força Jourdan à se replier sur Sulzbach ,et de là sur Wurtzbourg , où il prit position et résolut d’attendre l’ennemi.L’archiduc vint l’y attaquer. L’armée de Sambre-et-Meuse éprouva à Wurtz-bourg une sanglante défaite écrasée par la supériorité numérique de l’en-nemi et surtout par ses niasses imposantes de cavalerie, elle fut repoussée vers laforêt de Grendersleben, et de là sur Arnstein. après avoir perdu 10,000 hommesenviron. Jourdan, dans cette retraite difficile, déploya des talents supérieurs, ilopéra son mouvement rétrograde dans le plus grand ordre, il ramena sesblessés, son artillerie et ses équipages. Notre cavalerie, quoique en partie dé-montée, ne se replia point sans protester contre la cavalerie autrichienne. Ellelivra plusieurs combats d’arrière-garde glorieux pour elle et pour t’armée. Lemaréchal Jourdan s’était retiré derrière la Lahn pour réorganiser son arméesi rudement éprouvée pendant les trois mois qui venaient de s’écouler. Cettearmée de Sambre-et-Meuse, si brillante au début de la campagne, faisait alorspitié à voir : les soldats harassés de fatigue, hâves et délabrés, couvertsde vêtements en lambeaux, sans chaussures; la plupart avaient perdu cette;fierté proverbiale qui les distinguait des autres armées. Les corps avaientdes vides profonds; tant d’hommes étaient tombés à l’ombre flottante de leursdrapeaux, qu’il fallut épuiser les dépôts pour compléter les cadres. Les servicesadministratifs étaient entièrement désorganisés; les vivres, les munitions, toutmanquait, et, depuis plusieurs mois, officiers et soldats n’avaient reçu aucunesolde. C’est au milieu de ces désastres, au milieu de ces misères, que retenti-rent à l’armée de Sambre-et-Meuse les succès de l’armée d’Italie. Ces succèstrouvèrent longtemps des incrédules parmi les troupes, tant ils étaient pro-digieux et inouïs. Ces victoires éclatantes, ces nombreuses armées détruites, cesgrandes villes conquises, ces drapeaux pris aux ennemis, ces proclamationsqui rappelaient l’antiquité, ces grands noms de Milan, de Rome, de Naples , de