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Tome second.
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HISTOIRE DE L'ARMÉE

Alpes , pour faciliter l’escalade des rochers. Et tous ces soldats aux traits forte-ment accentués comme les méridionaux, au visage mobile, aux yeux pleinsd’éclat sous le soleil, tous ces soldats étaient jeunes : à peine distinguait-onparmi eux quelques vieux au front chenu, comme à l’armée de Sambre-et-Meuse, types curieux immortalisés par le pinceau de Charlet. Telle était la com-position de l’armée d’Italie quand Bonaparte vint en prendre le commandement.Or, que manquait-il à de tels hommes pour faire de grandes choses? Un chefqui sût les conduire et les commander. Ce chef, inconnu jusqu’alors et d’ungénie neuf et hardi comme cette armée, Carnot l’avait découvert dans le gé-néral Bonaparte . C’était un jeune homme de vingt-sept ans. Ses talens mili-taires, appréciés de quelques connaisseurs, ne s’étaient point encore révélésd’une manière éclatante, bien qu’il eût donné Toulon à la république, et di-rigé les travaux de l'artillerie à l’armée d'Italie. Carnot seul avait deviné laportée du génie de cet homme extraordinaire. Il ne craignit pas de lui confierles destinées de cette armée.

Bonaparte arriva au quartier-général de l’armée à Nice , le 27 mars 1796. Ilétait maigre, petit, sans apparence, et à peine distinguait-on, sous ses longscheveux, son visage pâle et romain et son œil ardent et fixe. Rien dans sa per-sonne ne parlait à l’esprit de ces hommes habitués à obéir à des chefs à la sta-ture imposante comme Masséna, aux forces athlétiques comme Augereau, lemaître d’armes, comme Rusca, l’intrépide chasseur des montagnes, et l’ItalienCervoni.Rien dans son passé ne représentait aux soldats de ces actions de cou-rage, faites au grand jour, sous le feu de l’ennemi, comme en exécutaient sisouvent Laliarpe, Kilmane, Rampon , Lannes et le fougueux Joubert. Son pas-sage même à l’armée d’Italie était loin de lui être favorable; on rappelait cejeune homme rêveur, génie familier de Dumerbion, qui sans cesse occupé deplans et de projets à l’état-major général, avait dirigé systématiquement les opé-rations de l’artillerie, et n’avait jamais paru aux heures du danger. Massénalui en voulait de s’être emparé de l’esprit de Dumerbion, Laharpe le jalousaità cause de sa jeunesse, et Augereau, l’enfant des faubourgs, prenait en pitiésa constitution débile. L’accueil qu’on fit au conquérant de l’Italie fut froid etun peu ironique.

Bonaparte fit tomber comme par enchantement ces haines, ces jalousies,cette froideur et ces sarcasmes. À peine arrivé sous la tente, il adressa à cessoldats qu’il connaissait si bien une proclamation empreinte d’un langageénergique et dont chaque mot avait une portée directe pour leur imagination etpour leur cœur : « Soldats, leur dit-il, vous êtes mal nourris et presque nus; legouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience,le courage que vous montrez au, milieu des rochers, sont admirables , mais ils nevous procurent aucune gloire; aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je vais vous con-duire dans les plaines les plus fertiles du monde; vousy trouverez de grandes villes,de riches provinces; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d’Italie ,manquerez-vous de courage ?» Cette harangue produisit l’effet qu’en attendaitBonaparte , car, nous le répétons, chaque mot avait une signification que ces