ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 303
des ennemis. En effet, le ciel venant tout à coup à s’éclaircir, les Autrichiens,stupéfaits, se virent en présence de nos colonnes en armes et prêtes au com-bat. Il était alors cinq heures du malin. Laharpe aborde le premier le front despositions de l’ennemi, à Montenolle. Les Autrichiens résistent avec courage; ilsrepoussent les premières attaques et se disposent à attaquer à leur tour les as-saillants. L’illusion fut de courle durée et le réveil terrible. Bonaparte , qui étaitparti à une heure du matin avec la division Masséna, arrive en ce moment. Ildonne ordre à ses colonnes de s'ébranler en même temps, et du haut d’uneéminence suit et dirige leurs mouvements. C’était un spectacle imposant queprésentait en ce moment le champ de bataille de Montenottc. Sur les hauteurs,on apercevait, aux premiers rayons du jour naissant, les régiments autrichiens,hongrois ou croates, aux uniformes blancs et bleus, aux armes reluisantes,rangés en files serrées et régulières, immobiles dans leurs rangs comme sileurs pieds eussent été cloués au sol, exécutant leurs feux avec la même pré-cision, le même ordre que sur un champ de manœuvre. Sur le flanc des mon-tagnes, les colonnes françaises débouchant au pas de course, s’allongeant, ser-pentant, croisant leurs mouvements comme pour serrer les ennemis dans lesplis de leurs anneaux mobiles. A leurs vêtements en lambeaux, on pouvaitles prendre de loin pour les hordes d’Attila. Aux premiers rangs, l’épée à lamain, marchent Masséna, Laharpe , Causse, Joubert, tous impatients de com-bats, avides de gloire et entraînés par ce pressentiment de la victoire qui secommunique si aisément des chefs aux soldats. En un instant toute la mon-tagne est couverte de feux; mais rien n’arrête nos soldats; les colonnes avan-cent, se rapprochent des rangs autrichiens, les abordent au fil de la baïonnette,au tranchant du sabre; le bruit du canon se ralentit, le feu de la mousqueteries’éteint presque sur tous les points, de bruyants houras de combat, d’horriblescris de mort s’élèvent confusément de ce champ de carnage. Les générauxautrichiens, confondus par ces combinaisons imprévues, ne songent plus qu’àla retraite; leurs soldats, troupes d’élite, ne peuvent résister à la furie de tellesattaques. Bientôt leurs rangs sont ouverts, rompus, brisés de toutes parts; ilsprennent la fuite en désordre, se replient vers Dégo, laissant plusieurscentainesde morts sur le champ de bataille et deux mille prisonniers. Bonaparte , qui avu tous les détails de l’action, qui a dirigé toutes les manœuvres, descend deshauteurs où il s’était placé pour féliciter nos héroïques demi-brigades et les chefsde son armée, Masséna surtout, dont les attaques ont été si décisives.
Ainsi, par une combinaison rapide et foudroyante, le général français, au-quel les ennemis supposaient l’intention de filer le long de la mer sur Gênes ,s’était dérobé tout à coup en traversant l’Apennin , avait enfoncé le centre en-nemi, et avait débouché au-delà des monts. Quel enivrement sublime dutremplir le cœur de ce jeune homme de vingt-sept ans, quand il vit le succèscouronner si rapidement son œuvre au début! que de nobles et ambitieusespensées durent s’éveiller aussitôt dans cette tête ardente! Mais Bonaparte n étaitpas homme à s’endormir dans l’ivresse du succès. Ce n’était rien à ses yeuxque d’avoir rompu le centre des Autrichiens; il voulait avant tout les séparer