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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

des Piémontais. Il se porta donc rapidement dans la vallée de la Bormida pourrendre sa position plus centrale entre les deux armées coalisées. Les Autrichienss'étaient ralliés à Dégo au fond de la vallée, et les Piémontais occupaient lesgorges de Millesimo : les premiers défendaient ainsi les roules de la Lombar-die , les seconds celles du Piémont. Il fallait donc attaquer à la fois les deuxpositions pour être maître des routes et séparer à jamais les deux armées.L’exécution de ce nouveau plan fut rapide comme la pensée. Augereau, versla gauche, fut chargé d’enlever Millesimo; Masséna et Laharpe , vers la droite,de s’emparer de Dégo.

L’attaque d’Augereau dans les gorges de Millesimo fut si impétueuse, quele général Provera n’eut pas le temps de se replier. Il se jeta dans un de cesvieux châteaux, débris des manoirs féodaux du moyen âge, qu’on voit encoreau sommet des Alpes, et s’y retrancha. Il importait au succès du plan de Bona-parte que cet obstacle fût brisé à l’instant. Augereau forme ses colonnes d’at-taque; mais Provera, vieux et glorieux soldat, lui aussi, s’y défend avec unehéroïque fermeté. Trois attaques échouent successivement. Joubert, qui con-duit la première, escalade les hauteurs sous une avalanche de pierres et derochers que font rouler les Piémontais. Rien ne l’arrête; il arrive, lui septième,au pied des retranchements. En ce moment une pierre l’atteint au front, et ilroule au bas des glacis. A cette vue, les soldats se replient. Près de 1,000 hommesont été tués en moins d’un quart d’heure. Le général Baunel, qui conduit laseconde, est tué à la tète de ses troupes. La troisième attaque est égalementbrisée, et le général Quesnel, qui la commande, est, lui aussi, frappé à mort.On est forcé de camper le soir au pied des hauteurs, et de remettre l’attaqueau lendemain 14 avril.

Pendant que ces événements s’accomplissent à la gauche, dans les gorges deMillesimo, les divisions Masséna et Laharpe ont marché sur Dégo et en ont en-levé les approches. Mais la position a été renforcée par plusieurs corps ramenésde Gênes , et les Autrichiens s’y défendent avec un incroyable acharnement.Ce n’est qu’après plusieurs assauts terribles et quatre jours de combats inces-sants que Dégo est enlevé; 4,000 prisonniers sont les trophées de la victoire denos soldats.

Augereau, de son côté, avait renouvelé son attaque le lendemain contreProvera, repoussé Colli qui venait à son secours, et forcé le vieux général à ca-pituler. Du reste, nous devons dire, pour être juste, que ce brave officier avaitfait des efforts surhumains pour la défense du vieux château de Cossaria. Mais,manquant de vivres, de munitions, et désespérant d’être secouru, il fut forcéde déposer les armes. Nos demi-brigades républicaines eurent la gloire de voirdéfiler devant leur front de bataille 1,500 hommes, élite de l’armée piémon-taise, et dont les uniformes neufs, la tenue brillante, contrastaient si étrange-ment avec la misère de nos soldats qui, suivant l’expression de Bonaparte , res-semblaient plutôt à un ramas de brigands qu’à des militaires français .

Après ces heureux événements qui le rendent maître des hauteurs domi-nantes et centrales de l’Apennin et isolent pour toujours les deux armées