Band 
Tome second.
Seite
396
JPEG-Download
 

396 HISTOIRE DE L’ARMÉE

pagne et qui passèrent dans ces contrées comme un torrent dévastateur, nostroupes avaient semé sur leur passage l’épouvante et la désolation. Du reste,au milieu de ces marches rapides, on n’avait pas eu le temps de faire des dis-tributions régulières : le pillage y avait suppléé (I) et ils s’y étaient livrés envrais condottieri. Mais Ronaparte, qui possédait au suprême degré le génie del’organisation et de l’ordre, ne pouvait tolérer de tels excès. L’œuvre de con-quête avait dans son esprit une haute portée d’avenir; il voulait s’appuyer surles populations, et l’on n’a pas les sympathies des gens qu’on pille. D’ailleurs,il avait accompli sa promesse : les soldats étaient dans l’abondance; ils occu-paient trois grandes villes; ils étaient bien nourris, bien vêtus; ils étaient payésrégulièrement; l’avenir le plus beau s’ouvrait devant eux : que leur fallait-il deplus? Aussi son premier soin fut-il de réprimer ces excès et de rétablir la dis-cipline. 11 fallait que les désordres que commirent les soldats d’Italie fus-sent bien grands, puisque, avant de les conduire dans les plaines de la Lom-bardie , il leur adressa l’allocution suivante : « Amis, je vous promets cetteconquête; mais il est une condition qu’il faut que vous juriez de remplir : c’estde respecter les peuples que vous délivrerez; c’est de réprimer les pillages hor-ribles auxquels se portent des scélérats suscités par nos ennemis. Sans cela,vous ne seriez pas les libérateurs des peuples, vous en seriez les fléaux; vousne seriez pas l’honneur du peuple français , il vous désavouerait.

« Quant à moi et aux généraux qui ont votre confiance, nous rougirions decommander à une armée sans discipline, sans frein, qui ne connaîtrait que leslois de la force. Mais je saurai faire respecter à ce petit nombre d’hommes leslois de l’humanité et de l’honneur qu’ils foulent aux pieds; je ne souffrirai pasque des brigands souillent vos lauriers. Les pillards seront impitoyablementfusillés. Déjà plusieurs l'ont été. »

Pour que Bonaparte se plaignît avec tant d’amertume, il fallait, nous le ré-pétons, que les excès eussent été bien grands. Mais, en même temps qu'il blâ-mait les excès et les punissait sévèrement, il relevait dans l'esprit du soldat lesrésultats de leurs travaux dans cette belle proclamation empreinte de millebeautés antiques, et de laquelle date l’éloquence militaire en France :

« Soldats, vous avez remporté en quinze jours six victoires, pris vingt et undrapeaux, cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs places fortes, et conquisla partie la plus riche du Piémont; vous avez fait quinze mille prisonniers, tuéou blessé plus de 10,000 hommes. Vous vous étiez battus jusqu’ici pour desrochers stériles illustrés par votre courage, mais inutiles à la patrie; vous égalezaujourd’hui par vos services l’armée de Hollande et du Rhin . Dénués de tout,vous avez suppléé à tout; vous avez gagné des batailles sans canons, passé desrivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats delà

(1) Le pillage individuel était l’unique ressource du soldat, et, le plaisir de s’y livrer l’em-portant sur l’amour de la gloire, les régiments s'affaiblissaitnt chaque jour d’une foule de ma-raudeurs ( Jomi.m ).