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HISTOIRE DE L’ARMEE
à la hauteur de cette mission. L’Italie était divisée, comme au moyen âge, enplusieurs Étals indépendants. Bonaparte, après avoir franchi la chaîne des Alpes au point où elle s’abaisse et prend le nom d’Apennin , avait en face de lui ledemi-cercle de la Haute-Italie, et à sa droite la péninsule étroite et longue quiforme l’Italie méridionale . Le premier État qu’il allait trouver sur son passageétait Gênes , la vieille et forte république constituée par Doria, qui avait placé toutd’abord son territoire sous le système de la neutralité. Après Gênes , au reversméridional de l’Apennin, se trouvait la Toscane , arrosée par l’Arno et éclairéepar le soleil le plus doux : la Toscane aux riches palais, aux villes somptueusescomme Pise, Florence, Livourne et Sienne , était alors la partie la plus éclairéeet la plus polie de la péninsule. L’archiduc Ferdinand, frère de l’empereurd’Autriche , avait un des premiers reconnu la république française et invoquéla neutralité, pour ne pas exposer aux dévastations des phalanges du nouvelAttila sa riche et belle Toscane. L’autre État qui venait après la Toscane était celui de l’Église, placé au centre de l’Italie , qui s’étend sur les deux ver-sants de l’Apennin, baigné à la fois par la Méditerranée et l’Adriatique . Rien deplus paternel que le gouvernement du pape, mais rien aussi de plus supersti-tieux que ses populations à celte époque; Transteverins et Contadini, bourgeoisde la ville ou paysans de la campagne inculte, étaient plongés dans la plusgrossière ignorance. Le pape Pie VI, ennemi déclaré de la République fran-çaise , avait lancé contre elle l’anathème et avait armé pour la combattre ses6,000 soldats. A l’extrémité de la péninsule se trouve le royaume des Deux-Siciles , dont le gouvernement, également hostile aux idées françaises, avait missur pied 60,000 soldats. Du reste, là comme à Rome , les populations vivaientdans une barbare ignorance.
Tels étaient les principaux États situés dans la péninsule, à la droite de l’ar-mée d’Italie. En face de lui, sur le penchant de l’Apennin , se trouvaient lespetits duchés de Parme, Plaisance, Guastalla, apanage de la maison d’Autriche ;Modène, Reggio , La Mirandole, gouvernés par un descendant de la célèbremaison d’Esle, entretenant un effectif armé de 5,000 hommes chacun, et nepouvant en rien s’opposer au déploiement des forces françaises . Plus loin, au-delà du Pô, l’ancien royaume de Didier, la Lombardie , qui s’étend depuis Plai-sance jusqu’à Mantoue, depuis le lac de la Guarda jusqu’à Bergame , riche etbelle province sur l’Adriatique , toute peuplée de palais de marbre et de fortescités, gouvernée par un archiduc au nom de l’Autriche. La Lombardie, où Bona-parte allait porter le théâtre de la guerre, contenait alors 1,200,000 habitants,différents d’idées et d’opinions; elle était agitée et fiévreuse comme au tempsdes républiques municipales du moyen âge. Enfin le dernier État de la Haute-Italie était Venise ; celte antique et puissante république du moyen âge, avecsa population de 3 millions d’habitants, ses riches provinces d’Illyrie et duTyrol, ses lagunes, ses palais sur la Brenta, ses nombreux vaisseaux et ses bar-ques canonnières, n’était plus que l’ombre d’elle-même. Sa marine, qui autrefoisparcourait en souveraine les mers de l’Europe , ne comptait plus que quelquesvaisseaux; ses lagunes étaient presque comblées; son commerce était ruiné.