408
HISTOIRE DE L’ARMÉE
l’incrédulité à l’admiration. Les généraux eux-mêmes partagèrent ces senti-ments. Hoche écrivit une lettre qui honore ses sentiments et son cœur pourrépondre aux insinuations malveillantes des ennemis de notre gloire. « Ah!brave jeune homme, disait-il à Bonaparte , quel est le militaire républicain quine brûle de t’imiter? Courage, Bonaparte, ajoutait-il, conduis à Naples , àVienne nos armées victorieuses; réponds à tes ennemis personnels en humiliantles rois et en donnant à nos armées un lustre nouveau, et laisse-nous le soinde ta gloire! »
En Italie, la sensation fut plus grande encore. Rome et Naples furent saisisde consternation. Rome se hâta d’envoyer ses contributions de guerre et vints’humilier devant Bonaparte dans la personne de son légat. Naples fit retirer sestroupes en toute hâte, et Venise cessa ses armements.
Bonaparte cependant ne se faisait pas illusion sur sa position; il savait quel'Autriche ne renoncerait pas à une partie, dont l’Italie était l’enjeu, sansfaire de nouveaux efforts; il s’apprêta donc encore une fois à la lutte, et voulutaller atteindre l’armée autrichienne jusque dans le Tyrol, cet arsenal des forcesimpériales où se recrutaient sans cesse les années qu’il avait à vaincre. Il seporta donc vers les gorges de cette province, prêt à l’envahir. En attendant, ilfit recommencer le blocus de Mantoue sans artillerie de siège, presque sansmunitions et sans tentes sous le soleil de feu de l’Italie pendant le mois d’août.Mais Wurraser avait devancé Bonaparte . Les vingt jours de repos que celui-ciavait accordés aux troupes, il les avait employés, lui, le vieux général autri-chien, à reformer son armée qu’il avait portée à 50,000 hommes, et, laissant20,000 chevaux à son lieutenant Davidowich pour garder le Tyrol, il étaitdescendu lui-même avec 30,000 hommes dans la vallée de la Brenta pour tenterle passage de l’Adige entre Vérone et Legnano. Bonaparte , auquel n’échappaitaucune prévision de guerre, avait pris ses précautions. Pendant qu’avec 28,000hommes il allait s’enfoncer dans les gorges du Tyrol, il avait laissé une réservedevant Mantoue et devant Vérone . II se porta donc vers le Tyrol en mêmetemps que Wurmser descendait dans la vallée de la Brenta. Les divisions fran-çaises arrivent devant les défilés des montagnes, gardées par les troupes deDavidowich, les forcent à Saravelle et à Roveredo , et, après trois jours d’uneguerre de montagne où nos soldats montrent la supériorité de leur tactique,elles s’emparent de la ville de Roveredo , et entrent triomphalement dansla ville de Trente. Les Autrichiens avaient perdu 4,000 prisonniers, plusieurscentaines de morts et de blessés.
Wurmser, de son côté, s’était jeté dans la vallée de la Brenta, espérant, parune marche rapide, surprendre Vérone et couper l’année française de Man-toue .
Bonaparte , ainsi que nous l’avons dit, avait prévu cette manœuvre. A peinemaître des gorges du Tyrol et de la ville de Trente, il laissa la division Vau-bois pour garder les défilés et achever de détruire le corps de Davidowich, etavec 20,000 hommes seulement il se jetta dans les défiles de la Brenta à lasuite de Wurmser. Le 5 septembre, il était entré à Trente; il en partit le 0, fit