416
HISTOIRE DE L’ARMÉE
projets de son adversaire. Il les connaissait et allait y faire face avec sa promp-titude et sa supériorité accoutumées. En conséquence, il laissa Augercau dansle Bas-Adige, plaça la réserve de Serrurier, qui bloquait Mantoue , dans unpoint intermédiaire pour pouvoir s’en servir au besoin, et partit avec troisdemi-brigades de la division Masséna et deux escadrons de cavalerie. Il ar-riva à Rivoli à deux heures du malin. Les feux de bivouac des ennemis bril-laient sur le fond noir du ciel. Il jugea qu’il y avait là 43,000 hommes. Or,Joubert n'en avait que 10,000, et il était dans l’impossibilité de tenir plus long-temps. Aussitôt, ayant vu la disposition des troupes ennemies, il n’hésita pas àaccepter la bataille. Il choisit le plateau de Rivoli comme nœud stratégique del’action. Au point du jour, scs dispositions étaient prises, et déjà les troupes deJoubert étaient engagées. La conservation de ce plateau lui permettait d'acca-bler isolément les colonnes autrichiennes descendant des hauteurs de Rivoli . Al-vinzi avait formé son armée en six corps séparés qui devaient aborder de frontla position de Rivoli , l’entourer par ses derrières et l’enfermer dans un cerclede fer et de feu. En effet, après quelques heures d’un combat très vif, le pla-teau de Rivoli se trouva entouré de toutes parts. Bonaparte a devant lui l’in-fanterie autrichienne, qui s’avance en demi-cercle; à gauche il est entouré parune forte colonne; à droite, le plateau est escaladé par une colonne de gre-nadiers et par le gros de la cavalerie et de l’artillerie, et il se trouve au mi-lieu de ce cercle avec la seule division Joubert et une partie de celle deMasséna, c’est-à-dire 15,000 hommes environ. C’est le moment qu’il at-tendait pour porter des coups décisifs. Il pousse l’infanterie légère de Jou-bert et la cavalerie de Leclerc sur le point débordé du plateau ainsi que sa fou-droyante artillerie, et place à sa gauche, pour la couvrir, deux de ses meil-leures demi-brigades. Bar son ordre, tout s’ébranle à la fois, infanterie,cavalerie, artillerie, Joubert, en chargeant avec l’infanterie, a son cheval tuésous lui; il prend un fusil de grenadier et sème l’épouvante dans les rangs au-trichiens. Tout ce qui a débordé sur le plateau est précipité pêle-mcle dans leravin qui y conduit. Le plateau ainsi délivré, Bonaparte fait placer quelquespièces d’artillerie pour foudroyer la colonne mise en déroute et qui s’agite con-fusément dans le ravin. Il se précipite ensuite avec Joubert sur la colonne d’in-fanterie. Lasalle le suit avec 200 hussards, et tout est culbuté. Pendant queBonaparte obtenait ces avantages, Masséna contenait les Autrichiens et con-servait les hauteurs de Trombalora. Bonaparte , profitant de son avantage, faitébranler toute la ligne de la droite à la gauche, repousse les Autrichiens surtous les points et les poursuit dans les montagnes. Se portant ensuite sur lesderrières, il attaque à son tour le corps de Lusignan. Les demi-brigades char-gent en entonnant le Chant du départ. Toute cette colonne, poussée sur la routede Vérone , par laquelle débouchait la division Rey, se trouva bientôt entre deuxfeux; elle met bas les armes. Ainsi l'armée d’Alvinzi était complètement dé-truite. Le général Lusignan était pris avec son corps d’année. Les cinq autrescolonnes battues successivement fuyaient dispersées à travers les montagnes.
Mais tout n’est pas encore achevé pour Bonaparte . 11 a appris que Provera a